LA SOMME THÉOLOGIQUE. I
nous Pavons VU plus haut, à quelqu'un qui objectait que saint Thomas n'avoit pas fait de miracles, nous ajouterons : combien de miracles de grâce, c'est-àdire de conversions la Somme théologique n'a-t-elle pas opérés, en portant la lumière et la conviction dans les esprits !
Au xv^ siècle, un savant rabbin, Paul de Burgos, se met à la lire, et voici qu'aussitôt tombe le voile qui couvrait ses yeux ; il reconnaît Jésus-Christ, il devient catholique , prêtre, évéque, et meurt Patriarche d'Aquilée.
Un siècle après, Théobald Thamer, zélé disciple de Mélanchton, ouvre la Somme dans ledessein delà combattre. Il est écrasé sous le poids des arguments qui confondent à l'avance les erreurs protestantes, et il abjure l'hérésie.
Dans le même siècle, en France, le calviniste Duperron demande à la Somme de saint Thomas l'éclaircissement de ses doutes. Il découvre la vérité, il l'embrasse^ se consacre au service de Dieu, et mérite que TEglise l'honore de la pourpre romaine et de la dignité archiépiscopale.
De même qu'en un tableau les ombres font ressortir les lumières, faut-il opposera ces conversions d'hérétiques de bonne loi la rage d'autres hérétiques endurcis dans le mal ? Il n'est sorte d'injuresque Luther ne dirigeât, en paroles ou en écrits, conire la doctrine de saint Thomas. Martin Bucer, apôtre fanatiquede la Réforme, s'écriait avec dépit : « Supprimez Thomas, et j'anéantirai l'Eglise. » — « Vaineétait l' espérance^dh à. cq propos Léon XIII, mais le témoignage n est pas vain, n
Au rapport de témoins parfaitement véridiques, le
5o LIVRE I^''. — VIE DE SAINT THOMAS.
saint Concile de Trente, ayant à formuler ses décrets contre le Protestantisme, ne chercha point ses inspirations ailleurs qu'en saint Thomas ; et, par un honneur sans égal, au milieu de la salle conciliaire, se voyaient sur une même table l'Ecriture sainte, les Actes pontificaux, et la Somme de saint Thomas ! « Après cela, dirons-nous encore avec le P. Lacordaire, Dieu seul pourra louer ce grand homme dans le concile éternel de ses saints. >
Mais Dieu n'a pas attendu au dernier jour du monde pour parler en faveur de la Somme de Théologie.
Ecoutons Guillaume deTocco.
« Merveilleuse est la vision qu'eut, au sujet de notre Docteur, Frère Dominique de Caserte, sacristain du couvent de Naples, homme d^une oraison fervente, d'une activité remarquable et d'une vertu éprouvée. Remarquant que Frère Thomas descendait toutes les nuits pour se- rendre à l'église, et se hâtait de regagner sa cellule un moment avant Matines, afin de cacher sa dévotion en paraissant en sortir pour la première fois, il Tobserva une nuit avec plus d'attention. Retiré au fond de la chapelle de Saint-Nicolas, où Frère Thomas demeurait en oraison. Frère Dominique vit son corps soulevé de deux coudées. Tandis qu'il admirait ce prodige, il entendit tout à coup du côté vers lequel notre Docteur était tourné, priant avec larmes, l'image du Crucifix prononcer ces mots : « Thomas^ tu as bien écrit de moi : quelle set^a ta récompense? » Le Saint répondit : <■ Seigneur, pas d'autre que vousmême. »
C'est le troisième témoignage rendu par la Vérité
LA SOMME THÉOLOGIQUE. l5l
même à la doctrine de saint Thomas; c'est aussi le mieux attesté. Les Souverains Pontifes l'ont rappelé plus de vingt fois dans leurs Bulles; Pie V a enrichi d'indulgences l'autel miraculeux; Sixte-Quint a fait représenter cette scène sur une toile du Vatican, et la liturgie en consacre la mémoire dans l'Office du saint Docteur.
L'historien que nous avons cité ajoute qu'à partir de cette vision, saint Thomas écrivit fort peu, par suite des merveilles que Dieu lui avait révélées. ï En lui demandant quelle récompense il souhaitait, le Seigneur lui faisait assez comprendre que sa tâche était accomplie. Et la récompense qu'il sollicita, toute en rapport avec son noble travail, était de pouvoir être rassasié, dans la patrie, de cet adorable Tout, dont il avait publié ici-bas les grandeurs avec tant de jouissance. ))
Bientôt, en effet, nous le verrons descendre prématurément au tombeau, laissant derrière lui le monde éclairé de ses écrits immortels ; comme en un beau soir d'été, l'astre du jour disparaît à 1 occident, quittant le ciel encore empourpré de ses derniers rayons- Mais arrêtons-nous; l'heure n'est pas venue de recueillir les élans suprêmes de la sainteté et du génie. Jusqu'ici nous avons admiré dans sa course le soleil de la théologie ; demandons-lui maintenant l'aliment de nos cœurs, dans la contemplation des vertus dont il fut le loyer ; après le Docteur, étudions le Saint.