LA SOMME THÉOLOGIQUE. I
les secrets de sa constitution intime! Comn:e il analyse délicaiement le composé humain, affirme et démontre son unité substantielle! Comme il étudie avec une exquise finesse et le ciel de l'âme et le limon du corps !
Dieu, l'ange et l'homme 1 Dieu qui attire à lui, comme à leur fin dernière, et l'ange et l'homme ; mais qui les attire avec un souverain respect de leur liberté. Saint Thomas étudie ce retour à Dieu de la créature, invisible et visible. L'Ange, d'unseul bond, atteint le terme de ^a course ou s'en détourne ; l'homme s'y achemine par une succession d'actes qui procèdent de son libre arbitre dirigé par la loi, soutenu par la grâce. La Seconde Partie est ainsi consacrée à la morale. Le saint Docteur pose les grands principes sur les actes humains^ étudie les conditions qui les modifient : passions, habitudes, vertus, vices, péchés ; il aborde ensuite les lois qui les régissent : loi naturelle, humaine, divine, loi ancienne, loi nouvelle ; cette dernière le conduit à parler de la grâce, source de la justification.
Aux considérations générales succèdent les applications particulières, lesquelles diffèrent encore suivant que les actes regardent tous les hommes sans distinction, ou chaque individu, dans la condition spéciale que Dieu lui a faite.
Sous le premier aspect se rangent les questions traitant des Vertus théologales, cardinales et des Vices opposés ; sous le second, le détail des ^evo/r^ de chaque état, tracé parle saint Docteur avec une admirable précision.
Le vol de l'Ange s'élève de nouveau avec la Troi-
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sièine Partie de la Somme, consacrée à /'//zc^/vzjf/o/z du Verbe, aux mystères de ses anéantissements, de ses humiliations, de ses triomphes, et à lapplicaiion de ses mérites par les Sacrements. L'auteur se propose d'étudier à part chacun des sept sacrements. Après avoir traité du Baptême et de la Confirmation, il arrive à TE'Jcharistie. Son exposition est un chef-d'œuvre; elle est le couronnement de l'éditice, s'il ne convient pas pluiôt de dire que l'œuvre gigantesque est privée de son couronnement !
SainiThomascommençaitles thèses sur laPénitence, lorsque sa main tut arrêtée parla mort. hdiSommetMi le sort de ces immenses cathédralesgothiques de Paris, Strasbourg, Cologne et autres, contemporaines du grand monument ihéologique, lesquelles demeurèrent inachevées pendant des siècles, et dont quelques-unes léseront probablement toujours. En frappant le sublime architecte avant quil eîit mis la dernière main à son ouvrage, dans la plénitude du génie et la vigueur de Tàge. Dieu montra une fois de plus que toute œuvre humaine est m-^rquée par quelque endroit au coin de l'intirmite, que^ seules, ses œuvres a lui sont partaites.
Dans la suite toutefois, un disciple zélé, Pierre d'Auvergne, membre de la Sorbonne, ou Henri Gorrichen. docteur de Cologne, ajouta au travail du Maître un supplément tiré mot pour mot du commentaire de saint Tho.T.as sur le quatrième livre dts Sentences.
Ainsi, considétée dans sesgrandeslignes, la Somme de théologie contient six cent dou\e questions, plus de trois mille articles, au delà àtquin-e mille arguments ou éclaircissements sur les points de dogme et
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de morale agités dans les écoles ; le tout enrichi des maximes des Philosophes et des autorités des saints Pères.
Veut-on connaître maintenant la méthode d'exposition de notre Docteur ?
En tétede chaque question, l'auteur pose la thèsequ'il s'agit d'établir ou de démontrer dans chacun des articles. Puis il émet le contraire de son sentiment, avec plusieurs objections, soutenues de citations, qui souvent ne sont autres que les attaques, nullement atténuées, des adversaires. Vient alors la proposition vraie, qu'appuie un argument d'autorité, fourni par l'Ecriture ouïes Pères, et que corrobore la démonstration rationnelle du Théologien, commençant ainsi : Je réponds qu'il faut dire. L'article se termine par la réfutation des objections émises auparavant.
Telle est, du premier au dernier article, la marche dela»Somme, oùtout est ramené au syllogisme, formule rigoureuse de la déduction.
Cette méthode, en si grand honneur au moyen âge, est dédaignée de notre époque qui, eu égard à la tournure des esprits, préfère remonter par induction des effets à la cause. Elle ne laisse pas pourtant d'avoir de précieux avantages, à la condition de n'être considérée que comme un art, une sorte de gymnastique rationnelle, servante mieux fixer les idées et à en régulariser la marche, en procédant toujours du principe à la conséquence, de même qu'en un traité de géométrie, les théorèmes se déduisent d'autres théorèmes précédemment démontrés.
On croira peut-être qu'un ouvrage de l'importance de la Somme, écrit tout entier en un pareil style, doit
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engendrerla fatigue etl'ennui. Il n'en est rien. L'ordre qui règne dans toutes les parties soulage l'esprit, et un homme sérieux trouve, avec des connaissances nouvelles, d'indicibles délices à parcourir les galeries de ce merveilleux palais.
C'est le jugement qu'en ont porté les siècles. Pour abréger, contentons-nous d'un seul témoignage, celui d'un savant Jésuite, le P. Possevin : ^ L'ouvrage, dit cet auteur, est en tout sens achevé, et il ferme la voie à quiconque tenterait de faire quelque chose de plus beau, de plus précis et de plus complet. Aussi le Pape Jean XXII était-il vraiment inspiré, lorsqu'il s'écriait : « Comment objecter que saint Thomas n'a pas fait de miracle pendant sa vie i Chacun de ses articles est un miracle. »
Presque aussitôt après son apparition, la Somme devint le fondement de l'enseignement théologique, et comme le manuel des maîtres et des étudiants. La preuve en est dans les décisions des Universités d'alors, et les décrets des Généraux d'Ordres, dont on peut lire dans Touron une énumération détaillée.
Voici comment s'exprimait, en i6i5, un grandcardinal.parlantdevantl'assembléegénérale du Royaume: a La Somme de saint Thomas a toujours été regardée comme Poracle de la théologie, toujours lue publiquement et, s'il est permis de parler ainsi^ toujours adorée, dans l'école de Paris. -
Faut-il ajoater que, pendant très longtemps aussi, l'on vit dans le clergé, tant séculier que régulier, une éclosion merveilleuse de savants théologiens ?
Depuis un siècle ou deux jusqu'à cesderniers temps, la Somme de sain: Thomas cessa d'être expliquée dans
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nos chaires de théologie. Cet abandon regretiable n'a-t-il aucunement abaissé le niveau de la science ecclésiastique? Nous manquons de compétence pour en juger. Mais nous serions heureux de saluer le retour universel à la doctrine de saint Thomas, retour déjà insinué par Pie IX, de sainte mémoire, et si vivement recommandé par son successeur, noire Saint- Père le Pape Léon XIII, disciple lui-même et grand admirateur de l'Ange de l'Ecole.
Quant à l'Ordre de Saint-Dominique, est-il besoin de dire qu'il est resté constamment fidèle aux enseignements de son Docteur ? Personne n'oserait en douter. Cet attachement pour un patrimoine à jamais inaliénable est une tradition de famille. « Du vivant même desaint Thomas, remarque le P. Echard, ceux qui, après avoir étudié sous lui, enseignaient ensuite dansles Universités de Paris, d'Oxford, de Cambridge, de Bologne, de Naples, de Cologne, se bornaient presque à expliqueras écrits de ieur commun maître. »
Quelques Frères Anglais, cédant à une pression étrangère à l'Ordre, s'étaient écartés des opinions du grand Docteur. Il y avait quatre ans seulement que Thomas d'Aquin avait cessé de vivre. Le Chapitre de Milan nomme aussitôt deux Religieux pour aller faire une enquête, avec plein pouvoir de punir les coupables. A la suite de cet incident, vingt-trois Chapitres généraux édictent ou renouvellent des ordinations, en vertu desquelles tout Frère se posant en adversaire du saint Docteur sera privé à perpétuité de toute charge ou digniié dans TOrdre.
D'après un article des Constitutions domini caines, nul n'est admis au titre de Maître, Bachelier,
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Lecteur ea théologie, Prédicateur général, qu'il n'émette le serment de tenir toujours pour sienne la doctrine irréfragable de saint Thomas, exemple suivi jadis par les Docteurs de la iameuse Université de Salamanque.
Quede grands personnages et desaints, malgré d'incessantes occupations, lisaient la Somme avec non moins d'assiduité quede respect ! Citons saint François de Sales, saint Philippe de Néri, saint Charles Borromée, saint Pie V, saint Antonin, saint Vincent Ferrier.
Le grand Bossuet avait étudié saint Thomas au collège de Navarre ; il conserva, toute sa vie, l'amour de sa doctrine.
Le savant Erasme déclarait ne connaître aucun théologien qui put être mis en parallèle avec saint Thomas, pour la rectitude du jugement et la solidité de la doctrine.
Le Cardinal Bessarion, le plus illustre des représentants de TEglise grecque au Concile de Florence, professait pour la Somme une admiration sans réserve, et se plaisait à en proclamer l'auteur le plus saint des savants, et le plus savant des saints.
Est-ce un faible titre d'honneur pour l'Ange de l'Ecole que la traduction de sa Somme théologique^ non seulement en la plupart des langues européennes, mais encore en grec, et, par les soins d'un missionnaire de la Compagnie de Jésus, jusqu'en chinois ?
Ce n'est pas ici le lieu de rapporter la tradition du Siège Apostolique en faveur de la doctrine de saint Thomas ; nous aurons plus tard occasion d'y revenir. Mais, si le Pape Jean XXI l a pu répondre comme