‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 50 sur 96 · MAXIMES SUR LA VIE SPIRITUELLE. ID · texte numérisé non relu

MAXIMES SUR LA VIE SPIRITUELLE. ID

deVabondance ducœur. Les paroles recueillies sur les lèvres du saint Docteur révèlent, on n'en saurait douter, le trésor amassé au fond de son cœur dès Tâge le plus tendre. Ces paroles, ces maximes, ces réflexions ne sont, il est vrai, qu'un atome, en regard des pages où l'Ange de TEcole développe magistralement les principes de la vie spirituelle. Mais un simple atome, quand il s'agit du prince des théologiens, est un monde de richesses.

Touchant la vie Religieuse — nous pouvons appliquer celte remarque à toute vie chrétienne — saint Thomas avait pour maxime quil faut ne jamais rien ?-etrancher de ses premières pratiques, mais y ajouter plutôt^ chaque jour.

Il demandait sans cesse dans ses prières la ferveur croissante, estimant comme indigne d'un esprit sérieux et d'un cœur généreux^ cette déplorable pente au relâchement, qui porte à d'égoïstes calculs une âme rachetée par le sang d'un Dieu !

Pour éviter ce malheur, en même temps que pour entretenir le désir allumé dans son âme à l'époque de ses premiers engagements. Thomas feuilletait avec grande avidité les Vies des Pères du désert, et spécialement l'ouvrage connu sous le nom de Conférences de Cassien.

Cet ouvrage, dans lequel le fondateur de l'abbaye de Saint-ViCtor, à Marseille, raconte ses entretiens avec les sai.its Anachorètes d'Egypte et de Palestine, visités par lui, fut, durant le moyen âge, Taliment spirituelle plus goûté des moines de l'Occident. Saint Benoît le recommandait instamment à ses Religieux. L'usage s'était même introduit d'en lire quelques

l56 LIVRE II. VERTUS DE SAINT THOMAS.

lignes à haute voix, pendant que les moines prenaient sur le soir radoucissement au jeûne, qui, du titre même du livre, en latin Collationes, reçut le nom de collatioîT.

En cherchant par cette lecture à raviver sa ferveur, saint Thomas ne faisait d'ailleurs qu'imiter son bienheureux Père, saint Dominique.

Les auteurs remarquent que, malgré sa prodigieuse mémoire, à laquelle suffisait habituellement une première lecture, notre Saint ne laissait pas de lire et de relire son livre préféré. On lui demanda, un jour, pourquoi il v consacrait un temps précieux, qu'il aurait pu employer à la contemplation. Sa réponse fait entendre quel fruit on doit retirer de la lecture spirituelle, tant recommandée aux personnes vraiment désireuses de progresser dans la vertu.

c Je recueille de cette lecture la dévotion ; mon esprit en a besoin pour s'élever plus haut, mon cœur pour s'enflammer davantage. «

Utile leçon, donnée à tant d'esprits volages, qui parcourent plusieurs livres de spiritualité^ sans retirer d'aucun le miel de ia vraie dévotion !

Du reste, c'était un autre principe de saint Thomas, pour Tavancement spirituel comme pour le progrès dans les sciences, de s'en lenir à un bon auteur, un seul, choisi après niùr examen, ou d'après le conseil d'un guide éclairé. Il réprouvait la multiplicité des livres, et l'inconstance de Tesprit à tout effleurer sans rien approfondir. Aussi quelqu'un lui ayant demandé le moyen de devenir savaiu, il répondit : Cest de rie lire qu'un livide.

En troisième lieu, il protestait hautement qu'une

Page 1