‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 51 sur 96 · MAXIMES SUR LA VIE SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

MAXIMES SUR LA VIE SPIRITUELLE

âme qui ne prie pas ne fait aucun progrès dans la venu, et qu'un Religieux sans oraison est un soldat sans armes. D"où cette maxime : Qiiiconque aspire à la perfection, doit, sous peine de ne point avancer, s'adonner fortement et sérieusement à l oraison. Et comme le succès d'une bonne oraison dépend du recueillement en Dieu durant le cours des actions ordinaires, il estimait qu'une personne vraiment chrétienne doit être non moins attentive à la présence de Dieu, que zélée pour l'exercice de la méditation.

A la résolution inviolable de garder fidèlement les pratiques pieuses une lois adoptées, ce grand Saint joignait une mortification parfaite. Il accomplissait à la lettre la recommandation de TApôtre saint Paul : 'i Ayez au dedans de vous les sentiments du Christ- Jésus »,etil s'appliquait à lui-même cette autre parole: « Ceux qui sont à Jésus-Christ crucifient leur chair avec ses vices et ses inclinations déréglées » A ce propos, il disait qu'une personne faisant profession de piété qui ne peut rien souffrir est bien près de tomber ; que celui qui craint d'être méprisé et sefdche de l'être, quand même il ferait desmiracles, ne deviendra jamais parfait. Enfin, il ajoutait : Celui qui ne parle que de bagatelles est une paille emportée par le vent. Aussi, dès sa jeunesse, lorsque la conversation, après avoir roulé sur des sujets cdifiaius et instructifs, venait à descendre à des frivolités, avaii-il coutume de se retirer discrètement.

On aurait tort d'en conclure que saint Thomas fût d'une humeur sombre et d'un caractère peu sociable. Ses contemporains nous le peignent au contraire sous d'aimables couleurs. Il se montrait, disent-ils, d'un

commerce facile, d'une conversation simple et pleine

de charité, réalisant en sa personne cette parole de l'Ecclésiastique : Lesage se manifeste en ses discours.

Ce qu'il condamnait donc, c'était le sans-gêne, le laisser-aller, à plus foi te raison ces plaisanteries de mauvais goût, que le grand Apôtre défendait à ses disciples d'Ephèse, et que réprouve la bonne éducation, à défaut même du sens chrétien.

On l'entendait dire encore que l'oisiveté sert d'hameçon au diable pour attirer dans le péché et prendre nos âmes. Le péché ! Comme notre grand Docteur en avait compris la malice, les redoutables conséquences ! Ce penseur sans rival, qui avait scruté tant de mystères^ approfondi tant de questions, avouait pourtant ne pas comprendre une chose : Comment un homme, avec la conscience souillée d'un seul péché mortel^ pouvait manger, dormir ., et se livrer à la joie!

Un jour, la comtesse de San-Severino, sa sœur, lui demanda de quelle manière elle pourrait se sauver. Thomas lui répondit : En le voulant ! Parole profonde, qui s'entend d'une volonté ferme et efficace, et non de ces velléités, de ces demi-vouloirs avec lesquels tant d'àmes vont en enfer! Qui plus que notre Saint possédait cette énergie de volonté? N'en avait-il pas donné la preuve, lorsqu'à l'âge des séductions, à quinze ans, il avait su résister aux entraînements de la chair et du sang, braver même les ennuis d'une longue réclusion, pour suivre la voie qui lui semblait l'unique voie du salut ?

La même comtesse l'interrogea de nouveau sur ce qu'il y a de plus souhaitable en cette vie. Il lui repartit : C'est de bien mourir.

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