‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 68 sur 96 · ZELE APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

ZELE APOSTOLIQUE

En revanche, le jour de Pâques, le saint prédicateur réussit tellement à parler de la gloire de la résurrection, et de la joie qu'éprouva Marie du triomphe de son Fils, que, sans le respect dû à la majesté du temple, des cris d'allégresse et des acclamations eussent éclaté de toute part.

Mais Dieu réservait à son fidèle serviteur une récompense, en un sens, plus glorieuse.

« Comme il descendait de chaire, une femme qui depuis longtemps souffrait d'une perte de sang, et avait eu recours vainement à toute sorte de remèdes, s'approcha du saint Docteur, toucha le bord de sa chape, et se sentit immédiatement guérie. Imitant la femme de PEvangile, gratifiée d'un pareil miracle par l'attouchement de la robe de Jésus- Christ, elle proclama, pour la gloire de Dieu, le bienfait de sa guérison, et accompagna son libérateur jusqu'au couvent de Sainte-Sabine. Elle fit connaître le miracle dans tous ses détails à Frère Réginald, qui le rapporta en plusieurs circonstances et à plusieurs Religieux. »

Un autre témoin, que nous connaissons déjà, Jean de Biaise, familier de la princesse Marie, Reine de Sicile, avait assisté , à Naples, aux prédications du carême sur VAve Maria, et il remarqua que, pendant ses sermons, le Saint tenait habituellement les yeux fermés, mais la tête levée vers le ciel, où se dirigeait le regard de son esprit.

Le zèle apostolique de saint Thomas ne se déployait pas seulement dans la sphère d'un nombreux et brillant auditoire ; il s'exerçait encore auprès de ceux qui avaient besoin d'être instruits ou exhor-

tés en secret. Avec la même charité qu'il exposait dans ces conférences publiques le dogme ou la morale évangéliques, il discutait en des entretiens privés avec quelques personnes éloignées de la foi ou de la pratique chrétienne.

« Une année, raconte Guillaume de Tocco, se trouvant au château de la Molaria, chez le cardinal Richard, notre Docteur y demeura pour la fête de Noël. En même temps arrivèrent, selon leur coutume, deux riches et savants Juifs, fort considérés parmi les leurs. Le seigneur cardinal pria le saint Docteur de traiter avec ces Juifs l'aftaire de leur conversion.

« Après les avoir entretenus longuement sur la Loi ancienne, et leur avoir démontré l'avènement du Sauveur par les textes de plusieurs Prophètes, Frère Thomas leur fixa le lendemain pour parler de conversion et répondre aux objections qui ne manqueraient pas d'être mises en avant. Dans Tintervalle, le pieux Docteur pria en faveur de ces deux rabbins, demandant au Fils deDieu^parla joie de sa Nativité, de changer leurs cœurs. Or, à l'heure fixée, les Juifs susdits vont trouver le Saint. A peine a-t-il ouvert la bouche que tous deux se convertissent, et avouent qu'ils ne peuvent résister à l'esprit de sagesse qui parle en lui, et qu'ils n'ont rien à objecter à ses exhortations franches et simples. Il y eut grande joie, au château, à cette nouvelle ; et l'éminent cardinal célébra avec un redoublement d'allégresse la solennité de la Naissance du Sauveur. Quant au saint Docteur, il avait coutume chaque année, à cette fête, de recevoir du Fils de Dieu et de la glo-

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rieuse Vierge, quelque révélation nouvelle, qui apportait lajoie à son esprit, et comblait les désirs de son âme. »

L'homme apostolique achève son ministère dans le confessionnal. C'est là qu'appliquant les principes de la morale chrétienne, exposés dans la chaire de vérité, il engendre vraiment à Jésus-Christ les âmes que sa parole a initiées à la vie de la foi. C'est là que, condescendant aux faiblesses de l'humanité et compatissant à toute douleur, il fait couler sur les plaies les plus invétérées le baume sacré du calvaire. Il eût donc été d'un grand intérêt de considérer notre sublime Docteur dans l'exercice du ministère de la réconciliation ; maisle silence plane sur ce point imiportant de sa vie sacerdotale. Toutefois, à parcourir ce qu'il a écrit sur la confession, et surtout l'examen détaillé de conscience, qui forme la plus grande partie de l'opuscule sur la manière de se confesser, on ne peut s'empêcher d'accorder à saint Thomas une connaissance approfondie du cœur humain. Quand on se rappelle, par ailleurs, l'influence considérable qu'il exerça sur la jeunesse de son époque, et son zèle pour l'instruire, soit dans la chaire de théologie, soit dans la chaire évangélique, il n'est pas téméraire de penser que le saint prêtre avait souvent reçu les confidences de bien des âmes. L'amour immense dont son cœur brûlait pour Dieu débordait alors sur ses semblables, pour communiquer cette paix de la conscience, qu'on ne retrouve qu'aux pied^ du prêtre, quand on a eu le malheur de la perdre.

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