AVERTISSEMENTS CELESTES
arriva pas sans difficulté, et lorsque la comtesse vint à sa rencontre, c'est à peine s'il lui parla. Elle en fut effrayée, et dit à Frère Réginald : " Qu'est-il donc art rivé à mon frère, qu'il soit comme étranger à tout, ' et qu'il ne m'ait presque rien dit ? — Depuis la fête « de saint Nicolas, répondit Réginald, il est fréquem- <' ment dans des abstractions de ce genre, et il n'a plus " e'crit. Cependant ie ne l'avais pas vu encore si com- « plètement absorbé. » Et, après une ou deux heures, s'approchant du Maître, il le tira vivement par sa chape, pour le faire revenir à lui. Thomas poussa un soupir, comme un homme sortant d'un profond sommeil, et dit: a Réginald, mon fils, je vais vous appren- « dre un secret; mais je vous adjure, au nom du Dieu « tout-puissant, par votre attachement à notre Ordre a et l'affection que vous me portez, de ne le révéler à a personne pendant ma vie. Le terme de mes travaux a est venu ; tout ce que j'ai écrit et enseigné mesemble t une goutte d'eau auprès de ce que j'ai vu et de ce < qui m'a été dévoilé. Désormais j'espère de la bonté i< de mon Dieu que la fin de ma vie suivra de près la '' fin de mes travaux. »
Le saint Docteur ne tarda pas à revenir à Naples, laissant sa sœur plongée dans la désolation.
Un jour qu'il était retenu au lit par la fièvre, Frère Buonfiglio de Naples, qui le servait, étant absent, un jeune homme, son frère, nommé Jean Copa, fut chargé de veiller près de la chambre du malade. Tout à coup il aperçut une étoile brillante entrer par la fenêtre de la cellule, venir se reposer quelque temps sur la téie du Saint, et sortir ensuite par la même ouverture.
Quarante-cinq ans après, Jean Copa, devenu vieil-
lard, rapportait ce prodige, sous la foi du serment, aux commissaires chargésdel'enquête pour la canonisation de Thomas d'Aquin.
Cependant le Saint-Siège était occupé par un homme que ses rares qualités et ses grandes vertus ont fait placer sur les autels : il s'appelait Grégoire X. La nouvelle de son élection, qui mettait fin "à une vacance de près de trois années, allait le surprendre en Palestine, où il travaillait à remédier aux maux des chrétiens.
Un des premiers soucis du nouveau Pontife fut de s'occuper de la Terre-Sainte; et tandis qu'il tentait les préparatifs d'une croisade , laquelle ne devait pas aboutir, il nommait Patriarche de Jérusalem Agni de Lentino, alors archevêque de Cosenza, celui-là même qui avait reçu Thomas d'Aquin à la vestition religieuse et à la profession. En l'envoyant en Palestine, le Pape lui recommandait particulièrement la réforme des mœurs parmi les chrétiens d'Orient, à la corruption desquels il attribuait en partie l'insuccès des croisades, juste châtiment du Ciel.
En même temps, il adressait à tous lesévêques, et aux prélats, une Bulle de convocation à un Concile général, pour le premier mai 1274, dans la ville de Lyon.
Un des points principaux qui devaient se traiter dans ce Concile était la réunion de l'Eglise grecque à l'Eglise latine ; les ambassadeurs de l'empereur Michel Paléologue y étaient attendus avec plusieurs prélats orientaux. Grégoire X voulant s'entourer de toutes les lumières qui alors brillaient dans l'Eglise, etcomp-