‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 79 sur 96 · FUNÉRAILLES TRIOMPHALES · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES TRIOMPHALES

prendre Thomas par sa chape et l'entraîner hors de l'école. A ce moment, le Frère crie de toutes ses forces : « Au secours ! on nous enlève notre Docteur.» Les Frères, réveillés en sursaut, courent à son lit, et lui demandent ce qu'il a. Paul d'Aquilée raconte sa vision ; on note Theure avec soin, et le lendemain on reconnaît que le Docteur Thomas a quitté cette vie au moment même où le bienheureux Apôtre paraissait rinviter à le suivre dans la gloire.

Le même jour, à Cologne, Maître Albert, étant à table avec ses Frères, se mit tout à coup à fondre en larmes. Le Prieur lui demanda pourquoi il pleurait : « Je vous annonce une bien triste nouvelle, répondit- « il : Frère Thomas d'Aquin, mon fils dans le Sei- « gneur, et la lumière de l'Eglise, vient de mourir : « Dieu me Ta révélé. » Les Religieux notèrent cette parole, dont la douloureuse confirmation ne se fit pas longtemps attendre.

Trois jours après le décès du saint Docteur, Frère Raymond de Pise, homme très laborieux et d'une profonde humilité, qui avait été particulièrement lié avec saint Thomas, au couvent d'Anagni, eut, lui aussi, une vision. Ce Frère avait versé d'abondantes larmes par suite de la douleur que lui causait la perte d'un si grand homme, et à la pensée que tant de science avait péri avec lui. Ses gémissements firent bientôt pj^ce à un sommeil envoyé d'en haut: pendant ce sommeil, il vit Frère Thomas, revêtu des ornements sacerdotaux, sortir de la sacristie et se rendre à l'autel avec ses ministres, pour célébrer les saints Mystères; et lui. Frère Raymond, remplissait au chœur sa fonction de chantre. Après l'Evangile, le

s, THOMAS D AQUIN.

saint Docteur se retourna, et fit au peuple une prédication solennelle. La Messe achevée, quand il fut revenu à la sacristie, tout le chœur s'y rendit, et les Frères firent une inclination profonde au célébrant. En le regardant plus attentivement, Frère Raymond remarqua que le saint Docteur avait l'œil droit beaucoup plus grand que le gauche, et d'une clarté incomparablement supérieure. Comme il s'en étonnait, le Docteur lui dit : « Vous êtes surpris, mon fils, de la « différence d'éclat qu'offre mon œil droit avec celui « de gauche. Eh bien ! autant diffère la science que ï j'ai maintenant dans la patrie, de celle que j'ai eue a étant sur terre. »

Plus admirable encore est la vision dont fut favorisé Albert de Brescia, et que consacre la liturgie dominicaine dans un répons de l'Office du Saint.

Laissons parler l'historien du procès de canonisation :

€ Albert de Brescia était spécialement attaché à la doctrine de Thomas d'Aquin, et fréquemment dans ses leçons il affirmait que Frère Thomas était saint, comme s'il avait eu révélation de sa gloire et de sa sainteté : « Mes bien chers Frères, disait-il, je sais « qu'il est un grand Saint dans le ciel. » A force de l'entendre parler ainsi, les Frères soupçonnèrent qu'il avait été favorisé de quelque révélation, et deux d'entre eux, Frère Antoine de Brescia et Frère Janin, après avoir longtemps pressé leur maître, finirent par l'adjurer au nom du Seigneur de leur dire comment il pouvait affirmer avec tant d'assurance l'éternelle félicité de Frère Thomas. Plein de respect pour le nom de Dieu par lequel on l'avait adjuré, Albert

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