I. Existence de Dieu
Possibilité de connaître l'existence de Dieu. Les preuves de cette existence. La proposition : « Dieu existe » est en elle-même, objectivement, une proposition évidente, puisque le prédicat est contenu dans le sujet ; mais subjectivement, pour notre intellect fini, elle n'est pas évidente, elle n'est pas un jugement analytique, parce que nous ne saisissons pas la nature de Dieu, et en conséquence ne pouvons pas voir a priori que le prédicat est contenu dans le sujet. La proposition : « Dieu existe », est donc une vérité qui n'est pas atteinte immédiatement et intuitivement, mais qui peut et doit être déduite d'autres connaissances ; dont la démonstration,, par suite, est possible et nécessaire,. On ^e peut pas non plus, d'après Thomas, parler d'une idée innée de Dieu. En effet, le désir naturel de bonheur, qui est inné
à l'homme, n'inclut pas encore nécessairement en lui la connaissance que Dieu, Tunique vérité, est le bien dont la possession satisfait ce désir. Bien qu'il ne contienne pas l'idée innée de Dieu, ce désir de bonheur peut néanmoins, par sa seule présence, servir de prémisse à une démonstration de l'existence de Dieu. Lorsque l'Aquinate rapproche cette aspiration au bonheur, ce besoin ^de Dieu, des joies de la vision intuitive dans l'au-delà, il veut seulement montrer que cette vision de Dieu n'est pas im- " possible en elle-même, il veut signaler une sorte de base naturelle de la plus haute perfection de la vie surnaturelle. Tout au plus peut-on parler d'une idée innée de Dieu en ce sens qu'à l'aide de l'intelligence, qui nous est innée, et des premiers principes de l'être et du connaître, qui sont évidents, il nous est facile d'arriver à la connaissance de Dieu. Nous tenons tous de la nature même, le moyen de connaître l'existence de Dieu (6'. Th, 7, 5, /.) .
Puisque la proposition : (( Dieu existe » n'est ni une vérité immédiatement évidente, ni une vérité innée, mais une vérité qu'il faut atteindre par voie de raisonnement suivi, la question se pose de savoir de quelle nature est cette démonstration. Il ne peut s'agir ici de la démonstration décrite par Aristote comme « preuve
EXISTENCE DE DIEU l ï I
pourquoi quelque chose est » (SioTi). Cette démonstration fonde la science d'une chose sur la connaissance adéquate de sa cause. Mais Dieu n'a pas de cause au-dessus de lui. L'existence de Dieu ne peut donc être démontrée que par la « preuve que quelque chose est » (oti), par une inféreûce, des activités qui nous sont proches et que nous connaissons, à une cause première et suprême ; c'est-à-dire par voie de régression causale. {S. Th, /, 5, 5).
A cette insistance sur le caractère « a posteriori )) de notre connaissance de Dieu, on entrevoit déjà que Thomas ne peut pas s'approprier l'argument dit ontologique de saint Anselme de Cantorbéry. (( Thomas d'Aquin, remarque à ce sujet Cl. Baeumker *, ne rattache pas ici à tout prix l'ancien et le nouveau, même là où l'ancien est devenu insoutenable ; mais il renonce résolument à l'argument purement formel désormais périmé, pour le remplacer par le nouveau, la démonstration causale. »
Thomas a lumineusement exprimé sa conviction de la possibilité d'une démonstration de l'existence de Dieu, dans les preuves qu'il en a données. Celles quç l'on trouve dans sa Somme théologique, en^ particulier (1, 2,3), sont un