‹ Saint Thomas d'Aquin, patron des écoles catholiquesChapitre 22 sur 85 · PREMIERE ENFANCE · texte numérisé non relu

PREMIERE ENFANCE

Puer eram ingenioius, et sortitus sum animam bonam. Sap., vill, 19.

J'étais un enfant bien né, et j'avais reçu de Dieu une bonne âme.

Ordinairement Dieu se plaît à faire abonder les miracles dans la vie des saints, et plus d'une fois leur naissance est accompagnée de signes merveilleux. Ainsi en fut-il pour le Docteur angélique : les prodiges forment comme une auréole autour de son berceau.

Quelques chroniqueurs rapportent qu'en Tannée 1220, un phénomène étrange et des plus significatifs fut -observé à Bevagna, ville d'Italie. Durant toute une nuit et une partie du jour suivant, trois météores apparurent dans les cieux, portant chacun en son disque l'image d'un Frère Prêcheur. A cet aspect, des enfants se mirent à parcourir

les rues, en criant : A l'école, à Vécole ! et ils se montraient les nouveaux maîtres que le ciel leur envoyait.

De la bouche des tout jeunes enfants, dit le Psalmiste, vous ave:^, Seigneur, fait sortir la louange, pour la confusion de vos ennemis.

Dût-on ne voir qu'une gracieuse légende dans le récit qu'on vient de lire, et que les BoUandistes ont respecté, toujours est-il qu'à la même époque venaient au monde les bienheureux Jacques de Bevagna et Ambroise de Sienne, l'un et l'autre savants maîtres et éloquents prédicateurs dans l'ordre de Saint-Dominique, et peu après, saint Thomas d'Aquin, maître sans rival, docteur incomparable.

Voici un fait plus certain.

Aux environs de Rocca-Secca, vivait un ermite appelé Buono, le Bon, meilleur encore, dit Guillaume de Tocco, par ses vertus que par son nom, et jouissant de la réputation de saint parmi les habitants de la contrée.

Un jour, poussé par l'esprit de Dieu, Frère le Bon vint trouver Théodora. «Noble Dame, lui ditil, réjouissez-vous, vous aurez bientôt un fils qui portera le nom de Thomas. Vous songerez, ainsi que votre époux, à faire de lui un moine du Mont- Cassin, espérant l'élévation de votre fils à la dignité abbatiale. Mais Dieu en ordonnera autrement. Cet enfant sera religieux dans l'ordre des Frères Prêcheurs. Sa science et la sainteté de sa

LES r KO IS METEORES

A cet aspect, des entants se mirent à parcourir les rues en criant : A l'ècoh, i l'école! et ils se montraient les nouveaux maîtres ijue le ciel leur envoyait.

PREMIÈRE EXFAN'CE 9

vie répandront un tel éclat qu'on ne pourra trouver son pareil dans le monde entier. »

La châtelaine répondit humblement : <r Je suis loin de mériter l'honneur que vous m'annoncez, vénérable ermite ; mais que Dieu fasse selon son bon plaisir. »

L'événement ne tarda pas à justifier la prédiction du solitaire : vers la fm de 1224, ou dans l'un des deux premiers mois de 1225, naissait au comte et à la comtesse d'Aquin un sixième enfant.

Honorius III exerçait alors le pontificat suprême. Landolphe le pria de vouloir bien être le parrain du nouveau-né. Le pape y consentit volontiers, et se fit représenter par l'évêque d'Aquin. L'enfant reçut au baptême le nom de Thomas, plutôt en mémoire de son aïeul, le fameux comte de Sommacle, que par déférence pour la parole 'de l'ermite.

Ce nom, qui en hébreu signifie abîme, futimposé par un secret dessein de Dieu. Il exprimait que cet enfant serait un jour un abîme de science, abîme d'où les saints conciles tireraient leurs décisions, et les universités leurs plus purs enseignements.

On acquit bientôt une preuve nouvelle de la protection céleste dont notre saint était l'objet. Une nuit d'été, l'orage qui grondait au loin se déchaîne tout à coup au dessus de Rocca-Secca ; la foudre tombe sur la tour du château, y fait un dégât considérable, et pénètre dans l'appartement où reposaient les enfants du comte. A cet effroya-

10 LIVRE !'•'■ — vm DE SAINT THOMAS

ble coup de tonnerre, la mère épouvantée se précipite... La plus jeune sœur de Thomas est étendue sans vie ; quant à l'enfant de prédilection, il est sain et sauf. Théodora, au milieu de ses larmes, trouve la force de remercier Dieu, et commence dès lors à espérer fermement la réalisation de ce qui lui a été prédit sur ce fils bien-aimé.

A quelque temps de là, la comtesse d'Aquin se rendait aux bains de Pouzzoles, près deNaples. Ne pouvant se résigner à être séparée d'un enfant devenu plus cher que jamais, elle l'emmena avec elle. Or, un jour qu'on se disposait à le baigner, Thomas aperçoit un morceau de papier, le saisit et le tient fortement dans sa main. La nourrice essaie vainement de lui faire lâcher prise ; l'enfant serre toujours davantage et finit par éclater en sanglots. Touchée de sa douleur, cette femme n'insiste pas ; mais soupçonnant quelque mystère dans cette obstination, de retour au logis, elle en donne avis à la mère. Théodora prend la main de l'enfant, l'ouvre de force, en retire le papier, et y lit ces mots : Ave Maria. Thomas redouble ses cris pour demander son trésor; à peine le lui at-on rendu, qu'il le porte à sa bouche et l'avale aussitôt.

Les auteurs qui ont rapporté ce fait y voient présagée l'avidité spirituelle de Thomas d'Aquin pour les saintes Ecritures. Ils disent aussi qu'il figurait la dévotion filiale que devait professer envers la très sainte Vierge le plus grand des docteurs.

Page 1