‹ Saint Thomas d'Aquin, patron des écoles catholiquesChapitre 25 sur 85 · L ECOLIER DU MOM-CASSIN I · texte numérisé non relu

L ECOLIER DU MOM-CASSIN I

présumant qu'il gouvernerait un jour Fabbaye du Mont-Cassin. »

Ce rêve d'ambition, qu'on pardonne à un père, Landolphe pouvait d'autant mieux le caresser, que Sinibald, qui tenait alors la crosse abbatiale, était l'oncle paternel du jeune Thomas. Cependant, il n'existe aucune preuve que notre saint ait jamais contracté un engagement quelconque avec cet ordre illustre, ni même qu'il en ait porté l'habit, autrement qu'à titre d'élève de l'école monastique. Mais, chose certaine, il demeura constamment attaché de cœur aux fils de saint Benoît, et Dieu voulut qu'il vînt achever ses jours dans un monastère de l'ordre de Cîteaux, qui est une branche du tronc bénédictin.

Le jeune seigneur d'Aquin quitta Rocca-Secca l'an 1229 ou 1230. La douleur du comte et de la comtesse ne leur permit pas de le remettre euxmêmes aux mains de Sinibald ; ils le firent conduire avec escorte, et Guillaume de Tocco nous donne ce détail : que la nourrice de Thomas fut chargée de le présenter au nom de ses parents.

Instruits des particularités merveilleuses de sa première enfance, les moines du Mont - Cassin accueillirent leur élève avec une sainte fierté, et le confièrent aux soins d'un maître choisi.

Sous la conduite de ce digne religieux, le nouveau Samuel ne tarda pas à faire de rapides progrès et à montrer des vertus vraiment supérieures à son âge.

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Jamais on ne le vit s'abandonner, même quelques instants, à une conduite légère et dissipée. Posé, réfléchi, taciturne même, exempt de toute puérilité, il fuyait par goût les amusements et les conversations des autres petits gentilshommes, qu'on formait, comme lui, aux bonnes mœurs et aux nobles traditions. Toutefois il était à leur égard plein d'amabilité et de prévenances. Il restait de longs moments à l'église, réitérant ses prières, et tenant presque toujours un livre à la main. Son applications l'étude était remarquable ; il n'avait garde de manquer à la tâche des leçons qui lui étaient prescrites.

A mesure que dans cette âme la raison se formait aux plus solides jugements, une pensée devenait prédominante : la pensée de Dieu.

Un jour, Thomas parcourait avec ses jeunes condisciples les grands bois qui avoisinaient l'abbaye ; un religieux ancien dirigeait l'excursion. La petite troupe avait fait halte et prenait ses ébats sous les chênes séculaires. Un peu à l'écart, Thomas restait silencieux. Le religieux s'approche, pose la main sur le front de l'enfant et lui demande à quoi il réfléchit. Celui-ci lève la tête et fixant ses grands yeux sur le vieillard: « Je cherche, répondit-il, à comprendre Dieu. Maître, dites-moi, qu'est-ce que Dieu?» Sublime question ! fréquemment elle revenait sur ses lèvres, le charmant écolier se complaisait dans la réponse qui lui était faite et la méditait longtemps. Il ne s'en tenait pas

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là. Plus attentif encore à écouter le Maître intérieur qui enseigne sans bruit de paroles, il recueillait avec une sainte avidité ce que l'éternelle Sagesse lui révélait déjà de ses divins attributs.

Un développement si prompt laissait entrevoir quels trésors allaient s'amasser dans cette intelligence, et la nouvelle des progrès de Thomas, portée à ses parents, les comblait de satisfaction. Le père ne se lassait pas d'exprimer hautement ses espérances pour l'avenir ; quant à la mère, renfermant dans son cœur tout ce qui lui était dit, elle songeait aux prédictions du vénérable ermite.

Vraisemblablement, ce fut au Mont-Cassin que l'enfant béni se nourrit pour la première fois du Pain des anges. Comment se prépara-t-il à cet acte, d'une souveraine importance pour orienter la vie chrétienne? Sur ce point l'histoire est muette ; mais il est aisé de comprendre quelles douces et suaves émotions goûta le futur chantre de l'Eucharistie, en s'asseyant au banquet ineffable où se donne en nourriture Celui qui a dit : Laisse^ venir à moi les petits enfants.

Depuis près de cinq ans, cette jeune plante, à l'abri dans la maison du Seigneur, y prenait de rapides accroissements. L'abbé Sinibald, surpris de l'ardeur que montrait pour la science l'élève admiré et aimé de tous, remarquait en même temps les indices d'une sainteté précoce. Sentant la grave responsabilité qui lui incombait dans l'instruction

d'un tel enfant, il manda le seigneur Landolphe, et, avec un désintéressement parfait, lui conseilla d'envoyer son fils à Naples, afin qu'il y continuât ses études en suivant les cours de l'université.

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