UN DERNIER ASSAUT
lui-même, dans la seconde partie de sa Somme, où il traite de l'état religieux.
La législation dominicaine veut qu'après sa profession, le jeune religieux soit immédiatement appliqué aux sciences sacrées. Une nouvelle phase dans la vie de saint Thomas va donc s'offrir à nos regards. Mais avant de le suivre dans la carrière des études théologiques, qu'il doit parcourir avec tant d'éclat, rapportons ici, pour n'avoir pas à y revenir, le dernier assaut que subit encore cette vocation si rudement éprouvée.
Quelque temps après la délivrance de notre novice, les deux comtes Landolphe et Raynald allèrent trouver Innocent IV, moins pour se justifier des rigueurs exercées par eux sur leur frère, que pour solliciter du souverain pontife la nullité d'un engagement qu'ils ne pouvaient se décider à croire irrévocable.
Père de tous les chrétiens, le pape les écouta avec patience, et malgré le peu de solidité qu'offraient leurs raisons , il voulut bien évoquer l'affaire à son tribunal. Un bref apostolique obligea Thomas à venir dans la Ville éternelle exposer les motifs qui l'avaient poussé à embrasser la vie dominicaine, contre la volonté de ses parents.
Le fils de saint Dominique comparut devant la cour pontificale, et répondit à toutes les questions avec cette lucidité qui lui était propre. Il n'incrimina personne, et ne parla des vexations domestiques qu'il avait subies que pour les attribuer à
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ses péchés, lesquels, disait-il, demandaient cette épreuve. Découvrant toute son âme, encore illuminée des clartés surnaturelles puisées dans sa prison, il fit connaître que son unique ambition était de renoncer aux avantages du siècle, pour servir, pauvre et ignoré, un Dieu qui a voulu naître dans l'indigence et mourir dans l'opprobre. Son éloquence persuasive convainquit ses juges, et son émotion gagna tous les assistants. Dans cette illustre assemblée de cardinaux et de prélats rangés autour du trône, on ne savait qu'admirer le plus de la piété du jeune religieux, de la vivacité de son esprit, de la profondeur de son jugement ou de cette noble candeur et de cette aimable simplicité c[ui brillaient dans son langage, ses gestes et toute sa personne. On s'intéressait au jeune homme, on félicitait la famille et on la plaignait tour à tour ; on allait presque jusqu'à excuser en secret les efforts de la mère pour retenir auprès d'elle un fils si digne de son amour.
La cause était gagnée; toutefois, par surcroît de condescendance pour l'illustre famille d'Aquin, et dans la haute opinion qu'il concevait de la vertu de Fr. Thomas, le pape lui offrit la dignité d'abbé du Mont-Cassin, en ce moment vacante, sans exiger qu'il quittât son ordre et cessât d'en porter l'habit. C'était lui faire un honneur considérable, car, de toutes les abbayes bénédictines, celle du Mont-Cassin était la plus renommée, et pourvue des plus riches bénéfices : sept évêchés en dépen-