‹ Saint Thomas d'Aquin, patron des écoles catholiquesChapitre 31 sur 85 · LA DÉLIVRANCE · texte numérisé non relu

LA DÉLIVRANCE

En les frappant de stupeur, cette menace produisit sur les deux comtes l'effet salutaire qu'aurait dû obtenir la seule crainte de Dieu. Ils avertissent promptementleur mère des volontés du souverain, et la prient d'élargir au plus tôt le prisonnier.

De son côté, Théodora n'espérait plus changer un cœur que la grâce rendait inflexible. La foi reprenant tous ses droits en son âme, elle commençait à craindre la colère divine par une résistance plus prolongée. A sa prière, le comte d'Aquin se laisse persuader, et renonce à la lutte.

Mais qu'il en coûte à l'amour-propre d'avouer une défaite !

Pour simuler une évasion, à laquelle le consentement paternel resterait en apparence étranger, on imagine de faire descendre le captif dans une corbeille par la fenêtre du donjon. Avis en est donné à Fr. Jean de Saint-Jclien. Cet excellent religieux conservait à son novice l'affection sainte qu'il avait conçue pour lui dès qu'il l'avait connu, et toujours il avait gardé l'espoir que tôt ou tard Fr. Thomas serait rendu à son ordre.

Au jour fixé, plusieurs religieux venus deNaples se tiennent au pied de la tour témoin de tant de merveilles, et assistent dans une anxiété muette à la périlleuse descente. La corbeille glisse lentement le long de la muraille, et dépose à terre Thomas, qui se trouve dans les bras de ses véritables frères. Tous s'apitoient sur ses malheurs, le félicitent de sa constance, mêlent leurs larmes

aux siennes, et bénissent en commun le Père des miséricordes dune délivrance tant souhaitée. C'est ainsi que le Docteur angéiique sortit de sa prison, comme autrefois le Docteur des nations sortit de Damas, où ses ennemis le tenaient enfermé.

Les Frères Prêcheurs s'en retournèrent à Naples. « Ils tressaillaient dans le Seigneur, dit la chronique, ayant recouvré leur Joseph, doué comme le fils de Jacob de l'esprit d'intelligence, et plus sage mille fois que tous les sages de l'Egypte. »

Cette captivité, marquée par tant de luttes si vaillamment soutenues, fut jugée pour la vie religieuse une probation plus que suffisante, et Thomas, admis à la profession, prononça ses vœux, dans l'église de Saint-Dominique, entre les mains du prieur, Agni de Lentino, celui-là même qui lui avait donné le saint habit, deux années auparavant.

On conçoit sans peine avec quelle générosité notre saint accomplit cet acte de consécration, que lui-même appelle un second Baptême: «consécration qui, en éloignant l'homme religieux des périls du siècle et du tumulte d'un monde corrompu et souvent corrupteur, le voue pour toujours au service des autels, lui fait obtenir le pardon de ses péchés, affermit sa volonté dans le bien, sans diminuer sa liberté, et le mettant dans l'heureuse nécessité de tendre sans cesse à la perfection, le rend en quelque sorte semblable aux Bienheureux. » Ces paroles sont du saint docteur

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