LE PROFESSEUR
seur enseignait à Cologne avec une réputation chaque jour croissante, lorsque le chapitre général le désigna pour se rendre à Paris, afin de parcourir la carrière qui devait le conduire au doctorat. Trois grands personnages de l'ordre prirent l'initiative de cette décision : Jean le Teutonique, Maître général, Albert le Grand, et Hugues de Saint -Cher, premier Dominicain honoré de la pourpre romaine.
L'ordre de ses supérieurs fut un coup terrible pour l'humilité de notre saint; mais, fils d'obéissance avant tout, il courba la tête, et quitta l'Allemagne au mois de septembre 1252. En traversant la Belgique, il s'arrêta chez Adélaïde de Bourgogne, épouse de Henri III, duc de Brabant. La vertueuse princesse fut si charmée de la conversation du jeune religieux, et des conseils qu'il lui donna, qu'elle voulut les avoir par écrit. Saint Thomas ne put s'y refuser, et lui envoya peu après un petit ouvrage qui est rangé dans ses Opuscules sous ce titre : Du gotroerneinent des Juifs.
Cette question des Juifs, si vivement agitée de nos jours, se posait déjà au moyen âge. La duchesse ■de Brabant, qui avait dans ses états quantité de Juifs usuriers, demandait quelle conduite tenir à leur égard, et à quels usages employer l'argent arraché de leurs mains perfides. Le saint docteur, tout en reconnaissant que le Juif, par suite de son crime affreux, le déicide, ne peut, d'après le droit du temps, jouir de la liberté commune et doit être
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traité en esclave, incapable par conséquent de posséder, recommande d'user de modération, pour qu'on lui laisse au moins les choses nécessaires à la vie. Quant à l'argent, fruit de ses usures, qu'il soit rendu aux pauvres victimes de son exploitation, ou qu'il passe en bonnes œuvres.
En suivant la trace de saint Thomas, nous le trouvons ensuite chez les Frères Prêcheurs de Louvain, remplissant la fonction de diacre à une grand'messe célébrée par le bienheureux Albert. Le pupitre dont il se servit pour chanter l'évangile a été soigneusement gardé, et pendant la tenue du chapitre général de 1883, dans le nouveau couvent de Louvain, on le voyait placé au milieu du chœur. Les Mémoires de l'ancien couvent ajoutent que le Docteur angélique fit aux religieux quelques leçons. Ce renseignement n'a rien qui étonne : telle était déjà la réputation du jeune professeur que, dans les monastères où il passait, on désirait l'entendre parler sur l'Ecriture sainte ou la théologie.
L'année suivante, il revenait dans le Brabant pour affaires concernant les chanoines deThenens, aujourd'hui Tirlemont. Les archives de leur chapitre conservaient l'acte de cette visite, signé du serviteur de Dieu, à la date du vendredi 31 octobre
A Paris, Thomas entra dans une des écoles de l'ordre, comme assistant de Maître Elie Bruneti. Dès le début, ses succès furent tels que les vastes salles
LE PROFESSEUR Si
de Saint-Jacques ne suffirent plus à contenir la foule de ses auditeurs.
Guillaume de Tocco trace ainsi le caractère de son enseignement :
« Devenu bachelier et chargé d'un cours, Frère Thomas se mit à répandre à flots pressés les secrets de ses méditations. Dieu lui versa d'en haut une science si vaste, et mit sur ses lèvres une doctrine si ample, qu'il semblait surpasser tous les maîtres, et provoquer plus qu'aucun autre les écoliers à l'amour de la science, par la clarté de son exposition. Il savait en effet découvrir de nouveaux aperçus, trouver une manière neuve et lucide de définir, et amener des raisonnements inattendus. En l'écoutant, personne ne doutait que Dieu n'eût éclairé son esprit des rayons d'une lumière nouvelle, et donné assez de fermeté à son jugement, pour que sans hésiter il proposât et écrivît les solutions heureuses qui lui avaient été inspirées du ciel. Au commencement de son professorat, il composa sur les Sentences un ouvrage élégant de style, profond de pensée, remarquable de clarté ; dans lequel, pour appuyer ses raisons, il va chercher les sciences humaines, les conduit comme des servantes devant le trône de la divine Sagesse, les oblige à rendre hommage à leur reine, et les met en parfait accord avec les oracles sacrés. « Que personne, ajoute l'auteur, ne trouve absurde cette méthode de recourir aux sciences du siècle pour soutenir les maximes de la Sagesse éternelle, puis-
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que de la même intelligence divine émanent les objets de toutes les connaissances, tant les vérités de Tordre révélé que les principes du raisonnement humain. »
L'université félicita Tordre des Prêcheurs d'avoir en Frère Thomas un si savant religieux, et, par la bouche de l'un de ses chanceliers, fit instance auprès du prieur de Saint-Jacques pour qu'il obligeât le jeune professeur à prendre la licence. Honoré ensuite du doctorat, il pourrait enseigner avec pleine autorité, et servir plus avantageusement TEglise.
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