‹ Saint Thomas d'Aquin, patron des écoles catholiquesChapitre 72 sur 85 · DERNIÈRE MALADIE · texte numérisé non relu

DERNIÈRE MALADIE

dait s'écrier parfois : « Bientôt, bientôt le Dieu de toute consolation, le Dieu bon, le Dieu saint mettra le comble à ses miséricordes et remplira mes désirs. Bientôt je serai rassassié, lorsque m'apparaîtra sa gloire. Je boirai au torrent de ses délices, il m'enivrera de l'abondance qui est en sa maison, parce que la source de la vie est en lui, et qu'il me fera contempler la véritable lumière dans sa lumière même. »

Cependant, les personnes présentes ne pouvaient croire à la rigueur du décret divin qui allait priver l'Eglise d'un appui jugé si nécessaire encore. Frère Réginald, qui avait constamment senà Thomas, non pas seulement comme un disciple sert son maître pu un fils son père, mais comme un chrétien dévot honore un saint, s'approche du moribond, et lui dit : « Père, j'avais compté que vous rendriez d'importants services au concile de Lyon, et que vous recevriez quelque dignité capable de faire honneur à l'ordre et à votre propre famille...» A quoi l'humble disciple de Jésus-Christ répondit : « Gardez-vous, mon fils, d'ouvrir votre cœur à ces pensées. Ce qui fut autrefois l'objet de mes désirs l'est en ce moment de ma reconnaissance. J'ai demandé à Dieu qu'il m'enlevât de ce monde dans l'état d'humilité où sa grâce m'avait placé : il me l'accorde aujourd'hui. J'aurais pu sans doute faire encore quelques progrès dans la science, et me rendre utile aux autres, en leur faisant part de mes lumières. Maintenant il a plu au

Seigneur de me révéler pourquoi il m'a gratifié, quoique j'en fusse indigne, de connaissances supérieures à celles de docteurs qui ont vécu plus longtemps ; c'est qu'il voulait me retirer de cette vie mortelle plus tôt qu'il ne l'a fait pour eux, et me rendre plus tôt participant de sa gloire éternelle. Consolez-vous donc, cher fils, puisque mon bonheur est parfait. »

A la nouvelle que l'état de son saint oncle était désespéré, la comtesse de Ceccano était venue de Maenza. Ne pouvant le voir, à cause de la clôture monastique, elle lui envoya demander quelles étaient les choses dont il pouvait avoir besoin. Thomas lui fit dire qu'il la remerciait, mais qu'il entrerait prochainement dans un lieu où il trouverait le bien dans sa plénitude.

Sentant ses forces diminuer, il renouvela ses remerciements aux moines de Fossa-Nuova, promettant, en échange de tant de soins charitables, de leur rendre au ciel toute sorte de bons offices. Ces saints religieux lui demandèrent sa bénédiction, ce qu'il ne put refuser à leurs larmes. L'un d'eux le pria de lui dire comment on pourrait passer la vie sans offenser Dieu. « Mon Frère, répondit le saint, tenez pour constant que celui qui sera toujours prêt à rendre compte de ses actions au souverain Juge, ne péchera jamais. » Ce furent ses dernières paroles. Peu après commença l'agonie ; elle fut courte et paisible. Enfin la mort vint dégager son âme et lui ouvrirlesportes du ciel, le 7 mars

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