‹ Saint Thomas d'Aquin, patron des écoles catholiquesChapitre 77 sur 85 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

c/isi>ortati oss.i nua vobiscum de loco is'.o. Gen., i, 24.

Emportez avec vous mes ossements de ce lieu.

Quand un chrétien est mort dans la foi de son baptême, l'Eglise catholique, avant de confier son corps à la terre, veut qu'on l'apporte en face des autels : là, au milieu des chants liturgiques, et des cierges allumés, elle répand l'eau sainte, et en son honneur fait fumer l'encens.

Si l'Eglise traite avec tant de respect un cadavre qui peut-être, au dernier jour, ressuscitera pour la réprobationéternelle, quels égards n'aura-t-elle pas pour les restes de ceux de ses enfants qui laissent en mourant une juste réputation de sainteté ? Quels honneurs surtout ne leur rendra-t-elle pas

lorsque, par un jugement irréformable, elle aura déclaré qu'ils jouissent de la gloire avec Jésus- Christ? Aussi l'a-t-on vue toujours recueillir avec soin les ossements de ses martyrs et de ses confesseurs, les envelopper dans la pourpre et la soie, les porter en triomphe et les exposer à la vénération des fidèles.

A la suite de ces réflexions, on se demande, naturellement, quels hommages ont été rendus au corps de saint Thomas d'Aquin ; s'il a échappé aux ravages des siècles et à la fureur des révolutions ; s'il est une ville, un lieu où l'on puisse vénérer ce front qu'illuminait le génie, cette main qui écrivit la Somme théologique et Voffice du très saint Sacrement.

Deux chapitres répondront à ces questions et satisferont la légitime curiosité du lecteur.

Frère Réginald, en quittant Fossa-Nuova, avait protesté, devant témoins, qu'il n'y laissait le corps de son maître qu'à titre de dépôt, jusqu'à ce qu'il plût aux supérieurs de l'ordre de désigner le lieu définitif de sa sépulture. Les plus vives instances s'élevaient de divers côtés pour obtenir une si précieuse dépouille. La première demande vint de l'université de Paris. Ses membres adressaient aux Frères Prêcheurs, assemblés en Chapitre général à Lyon, une lettre empreinte de la plus sombre tristesse : « Hélas ! hélas ! qui nous donnera d'exprimer avec les plaintes de Jérémie la désolation

qui a saisi nos esprits et la douleur qui a pénétré nos cœurs à la nouvelle que le docteur vénéré, Fr. Thomas d'Aquin, avait cessé de vivre !... Ses cendres sont le plus riche présent que vous puissiez nous faire ; nous vous les demandons. Il ne serait ni juste ni convenable de choisirpour la sépulture de ce Maître un autre lieu que Paris, le foyer des sciences, l'école qui l'a élevé, nourri, réchauffé sur son sein, et qui a reçu ensuite, avec d'ineffables consolations, les merveilleuses lumières de son intelligence... »

Naples réclamait aussi ; son roi faisait valoir en même temps les droits de la famille.

De leur côté, les religieux de Fossa-Nuova redoutaient vivement de perdre un trésor que la divine Providence semblait leur avoir confié. C'est pourquoi, la nuit même qui suivit les funérailles, l'abbé du monastère, Jacques de Florence, fit transporter secrètement le cercueil dans une chapelle voisine du cloître et dédiée à saint Etienne. Mais, quelque temps après, le saint docteur lui apparut en songe, lui reprocha sévèrement de tromper ainsi ceux qui venaient s'agenouiller sur sa tombe, et le menaça d'un châtiment, s'il ne reportait ses restes à leur première place.

Terrifié par cette vision, et voulant encore dissimuler sa faute, l'abbé se rend, de nuit, à la chapelle de saint Etienne, avec deux religieux étrangers et quelques oblats. Il retire et ouvre le cercueil ; aussitôt s'en échappe une odeur des plus suaves.

qui pénètre jusque dans les dortoirs. Les moines se réveillent, ils accourent en foule et contemplent avec admiration le saint docteur. Les membres, les vêtements n'avaient nullement souffert, bien que, de son vivant, saint Thomas fût d'une torte corpulence, et que depuis sept mois son corps reposât dans une fosse profonde, tout près d'un cours d'eau. On va chercher le brancard des morts, et on transporte solennellement à l'église le saint corps qu'environne une lumière céleste. Le chantre entonne sans préméditation l'antienne Iste sanctus : Ce saint mérite le souvenir des hommes^ puisqtCil est entré dans la joie des anges.- Tout le jour, il y eut grande fête ; et, à la messe, le chantre entonna encore, sans y penser, l'introït Os justi : La bouche du Juste méditera la sagesse, et sa langue rendra des jugements.

Sept ans plus tard, Pierre de Mont-Saint-Jean, un des témoins de la translation précédente, devenu abbé de Fossa-Nuova, voulut placer les restes du grand docteur dans un monument plus honorable, à gauche du maître-autel. Quand on ouvrit le tombeau, il en sortit le même parfum que la première fois, et l'on trouva le corps dans un état parfait de conservation ; le pouce de la main droite' était seul entamé. Les moines chantèrent de nouveau la messe d'un confesseur, craignant de manquer à Dieu et à son serviteur en célébrant une messe de Requiem.

La comtesse de San-Severino ayant désiré

posséder la main droite de son saint frère, il y eut une troisième ouverture du cercueil, quatorze ans après la mort du Docteur angélique. Les vêtements, les membres étaient encore intacts ; on pensait n'avoir qu'à détacher la main, il fallut la couper. De cette main, ainsi que de tout le corps, s'échappait cette odeur céleste qui deux fois déjà avait embaumé l'assistance ; mais tous ne la sentirent pas, Dieu le permettant ainsi pour mieux attester le prodige, et prévenir tout soupçon de supercherie. La pieuse Théodora reçut en pleurant cette insigne relique, et la mit dans le trésor de sa chapelle. A sa mort, la main du saint docteur devint la propriété du couvent de Salerne.

Cependant les Cisterciens avaient un secret pressentiment qu'ils perdraient le corps de saint Thomas. Leurs craintes augmentèrent quand ils virent, à peu d'intervalle, deux fils de saint Dominique occuper la chaire pontificale, sous les noms d'Innocent V et de Benoît XI. Ils conçurent alors la pensée de sauver au moins une partie des reliques. Une nuit donc, trois d'entre eux se réunirent, exhumèrent le corps, en séparèrent la tête, et la déposèrent dans une chapelle située derrière le chœur. Puis, comme le corps était d'un transport difficile, ils dépouillèrent les os des chairs, ensevelirent celles-ci et renfermèrent les ossements dans une cassette portative. Faute irréparable ! qui peutêtre a privé la postérité chrétienne du bonheur de

posséder dans son intégrité le précieux corps de l'Ange de l'école.

Le respect rendu à la vénérable dépouille de Thomas d'Aquin croissait chaque jour, et lorsque Jean XXII eut placé le saint docteur sur les autels, la dévotion des fidèles ne connut presque plus de bornes.

Vers 1349, le seigneur de Piperno étant en guerre avec Honoré, comte de Fondi, résolut d'enlever le corps du saint, afin d'en faire argent pour payer ses troupes. Mais il fut prévenu par le comte qui, aidé d'un moine de Fossa-Nuova, en présence de plusieurs de ses amis, parmi lesquels était le Dominicain Jacobello de Sienne, enleva les saintes reliques, et les mit à l'abri dans un appartement de son château. Le danger passé, rien ne put le décider à s'en dessaisir : ni les réclamations des Cisterciens, ni les instances des Frères Prêcheurs, ni même les offres du roi de Sicile, qui lui remettait à cette condition une créance de 15,000 florins, plus de i6o mille francs de notre monnaie.

Un soir que la mère du comte et l'évêque de Fondi s'entretenaient près de la châsse sur l'authenticité des reliques qu'elle contenait, le saint docteur, vêtu de l'habit dominicain, leur apparut dans une lumière éclatante, fit quelques pas devant eux, et, leur souriant avec bonté, rentra dans son cercueil.

A quelque temps de là, dans une partie de chasse,

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le frère du comte est renversé de cheval et presque broyé dans sa chute. Le comte effrayé recommande son frère à saint Thomas, promettant, s'il lui sauve la vie, de restituer le corps aux moines de Fossa-Nuova. Le blessé se rétablit, et le comte Honoré, après s'être entendu avec l'abbé et un religieux du monastère, porte clandestinement les reliques dans une excavation pratiquée au bas du mur du clocher.

Sur ces entrefaites, l'abbé et le religieux, son confident vinrent à mourir ; le seigneur de Fondi voulut recouvrer son trésor. Il vient de nuit frapper au monastère, et, se disant poursuivi par des ennemis, demande un refuge dans le clocher. On le lui accorde. En même temps, il persuade aux moines de sonner toutes les cloches pour dérouter les soldats à sa recherche : pur stratagème imaginé dans le but d'étouffer le bruit causé par l'extraction qu'il projetait. Au point du jour, le comte a disparu avec les reliques, qu'il garde dix ans à Fondi au-dessous de sa chambre.

Le Docteur angélique, apparaissant à la mère du comte, se plaignit de cette irrévérence. Comme cette dame était gravement malade, le saint la toucha et la guérit. En reconnaissance, on plaça les reliques dans la chapelle du château avec une lampe qui brûlait nuit et jour.

Un an ne s'était pas écoulé que saint Thomas se montrait de nouveau à la comtesse et lui disait : « Mon corps n'est pas où il doit être. )^

Sur l'avertissement de sa mère, le comte eut un entretien avec Philippe de Theato, provincial de Sicile, lequel le supplia d'abandonner enfin les saints ossements à la disposition du Maître de l'ordre. Celui-ci était alors Fr. Simon de Langres; mais peu après il devint évêque de Nantes, et l'affaire en resta là. « Dieu voulait, dit un auteur, donner saint Thomas d'Aquin à Toulouse, afin d'honorer cette cité, et par elle tout le royaume de France. » Deux Toulousains eurent, en effet, la gloire de procurer à leur couvent cette précieuse conquête.

Frère Elie de Toulouse, nommé Général des Prêcheurs, reprit les négociations avec le comte de Fondi. Elles eurent un plein succès. Le ii février 1307, les précieux restes lui furent remis, mais en grand secret, dans une riche cassette, et déposés au couvent dominicain de Fondi.

Cependant Frère Hugues de Raymond, compagnon du Maître général et historien de cette translation, se demandait avec perplexité si des reliques entourées de tant de mystère étaient bien authentiques. Un jour que, sous l'empire de cette inquiétude, il priait dévotement dans l'église, il vit tout à coup le saint docteur, qui arrêta sur lui un regard affectueux, et lui déclara que la cassette renfermait vraiment ses restes. Grande fut la joie dans le couvent, et l'on chanta le Te Detun^ avec une messe d'action de grâces.

Ce fut alors que les moines de Fossa-Nuova

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élevèrent la voix bien haut, accusant même le Général des Prêcheurs d'être venu en personne dérober sacrilègement le corps de saint Thomas. Leur plainte fut portée à Rome devant le pape Urbain V, par Jacques de Sienne, avocat fiscal, qui eut soin d'y ajouter des circonstances mensongères. Le Saint-Père se montra fort mécontent, et cita le Maître général à son tribunal/

Après que six cardinaux dévoués à l'ordre eurent essayé d'adoucir la colère d'Urbain V, Frère Elie comparut devant lui, le samedi de Pâques. En entrant dans la salle d'audience, il dit à genoux: « Très saint Père, je souhaite longue et heureuse vie à Votre Sainteté. » Le pape répondit : «Vous venez bien à propos ; c'est donc vous qui avez dérobé le corps de saint Thomas? — Très saint Père, reprit Maître Elie, il est notre chair et notre frère : » voulant faire entendre que ce n'est pas dérober que de prendre son propre bien. Urbain l'admit alors au baisement du pied et de la main, et l'embrassa ensuite paternellement. Les assistants ne revenaient pas d'une réception si bienveillante. Le pape continua : « Où avez-vous ordonné qu'on plaçât le corps? — Très saint Père, nulle part ; ce sera où Votre Sainteté le voudra. » Le pape ajouta : « Je vous ferai justice. » Frère Elie répondit : « Très saint Père, je regarderai toujours votre justice comme une grâce. » Le pape fit alors l'éloge des Frères Prêcheurs, et dit aux cardinaux présents : « Dussent les hérésies pulluler, je ne les

crains pas, tant que cet ordre durera. » Puis il invita à sa table le Maître général pour le lendemain, Dimanche de Qiiasimodo.

Rien ne faisait pressentir encore quelle [serait la décision du pontife, et les Cisterciens s'agitaient d'autant plus que le précieux trésor paraissait leur échapper. Par ordre du Général, on redoublait les prières dans tous les couvents de l'ordre de Saint-Dominique ; une sainte religieuse de Monte- Pulciano, sœur Catherine de Rome, fît dire au Maître d'avoir bon courage, car tout s'arrangerait.

Quelques jours après, le pape tomba gravement malade; mais, sa santé s'étant rétablie vers la Pentecôte, il se rendit aussitôt à Monte-Fiascone, avec sa cour. Frère Elie voulut l'y suivre en s'arrêtant d'abord au couvent de Viterbe.

Le matin de la fête du très saint Sacrement, il rencontra sous le cloître le procureur général de l'ordre, et lui dit que, contrairement à ses intentions delà veille, qui étaient de célébrer la solennité avec les Frères, il se sentait pressé de monter à Fiascone. « Comme saint Thomas, ajouta-t-il, a composé l'office de la fête, et écrit des choses si admirables sur la divine Eucharistie, le souverain pontife pourrait bien accorder aujourd'hui quelque grâce à l'ordre.» Le procureur répondit qu'il avait eu la même pensée.

Quand Maître Elie entra dans la chapelle pontificale, le cardinal de Beaufort lui fit un amical reproche d'arriver si tard, et l'encouragea vive-

ment à profiter de ce jour pour obtenir la faveur tant désirée.

Après les vêpres, Urbain V donna audience, et le Maître général fut introduit: «Très saint Père, dit-il, la solennité de ce jour nous rappelle que saint Thomas composa l'office du Saint Sacrement, sur l'ordre de votre prédécesseur Urbain IV. — Je nie le fait, répondit le pape, prouvez-le. » Frère Elie fournit ses preuves et ajouta : «De plus, saint Thomas fit, à la demande du même souverain pontife, un admirable commentaire sur l'Evangile. — C'est vrai, dit le pape, mais qu'en voulez-vous conclure ? — Très saint Père, puisque Urbain IV d'heureuse mémoire a imposé de si importants travaux à saint Thomas, et que vous êtes Urbain V, par la grâce divine, je vous supplie de décerner au saint les honneurs qu'il mérite. — Quels honneurs puis-je lui décerner? — Très saint Père, qu'il demeure parmi ses Frères, les Prêcheurs, qui l'honoreront mieux que personne. — Comment! reprit le pape, est-ce que mon ordre de Saint- Benoît n'estpas plus capable d'honorer saint Thomas | que le vôtre qui n'est rien? — Très saint Père, répondit humblement le Maître général, l'ordre de Saint-Benoît est très puissant, je le reconnais. Auprès de lui, le mien n'est qu'un tout petit grain de sable, ou plutôt est néant. Mais aussi, l'ordre de Saint-Benoît compte tant de saints qu'il a peine à les fêter, tandis que l'ordre des Frères Prêcheurs, que vous aimez particulièrement. Très saint Père,

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comme Votre Sainteté a daigné me le dire souvent, ne possède que deux saints, outre saint Thomas. Si vous le lui rendez, ill'honorera donc d'une façon toute spéciale. »

Le pape réfléchit; puis, invitant du geste tous ceux qui étaient dans la chapelle à s'approcher, il porta cette sentence : « Par l'autorité de Notre- Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous donnons et accordons à vous, Maître général, et à l'ordre des Frères Prêcheurs, le corps du bienheureux Thomas d'Aquin, profès de cet ordre, pour être placé à Toulouse ou à Paris, selon que le croira meilleur le prochain Chapitre général ou le Maître de l'ordre. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Les assistants répondirent : Amen, et le Général des Prêcheurs tomba aux genoux du pape, pour lui rendre grâces.

Le lendemain, sur le conseil d'un cardinal. Frère Elie vint de nouveau remercier Sa Sainteté. Urbain V lui dit : « Hier, je vous ai donné, à vous et à votre ordre, le corps de saint Thomas en remettant à votre Chapitre général le soin de fixer le lieu où il serait porté. Mais j'ai songé à vous délivrer de sollicitations importunes, et je choisis moimême, pour recevoir le corps du saint, l'église de votre couvent de Toulouse; cela pour quatre rai sons.

« D'abord, il est certain que le bienheureux Dominique a fondé l'ordre des Prêcheurs à Toulouse,

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car il était d'au delà des monts, en qualité d'Espagnol. Son corps devrait être à Toulouse ; défait, il est à Bologne ; et, quand même vous me le demanderiez en justice, je ne vous l'accorderais pas, ne voulant pas dépouiller l'Italie d'un si grand trésor. Mais, à la place, je vous concède le corps de saint Thomas, pour l'église de votre ordre, à Toulouse.

« En second lieu, vous m'avez prié de faire rendre à saint Thomas de plus grands honneurs; pour ce motif, je veux que son corps soit porté à Toulouse, car je ne connais pas de cité plus religieuse, ni de peuple plus capable que le peuple toulousain, d'avoir pour ce saint la plus grande dévotion.

« Troisièmement, il y a là une nouvelle université de théologie : je veux qu'elle soit établie sur la doctrine solide et ferme de saint Thomas, et je fais aujourd'hui un commandement à tous les clercs qui s'assemblent chaque semaine dans votre église, de suivre son enseignement.

« Enfin, puisque cet incomparable docteur se distingue parla clarté de son style et la beauté de ses sentences, je veux que son corps soit placé dans le lieu le plus beau et le plus convenable que l'on puisse trouver. Or je sais que vous avez à Toulouse une vaste et magnifique église. »

Le pape dit ensuite au Maître général :

« Avez-vous la tête du saint? — Non, Très saint Père, répondit Frère Elie. — Savez-vous où elle

est? — Oui, Très saint Père. — Où dgiic est-elle? — A Piperno, dans une maison du Père Abbé de Fossa-Nuova, et elle est bien gardée ; le coffret qui la renferme est sous quatre clefs, confiées à différentes personnes. » Le pape ajouta : « Eh bien ! moi, je vous donne la tête de saint Thomas, afin que vous la portiez à Toulouse avec le corps. » Le Maître général, au comble de Tallégresse, remercia le mieux qu'il lui fut possible Sa Sainteté, et rendit grâces à Dieu de cette nouvelle faveur.

Il s'agissait maintenant de recouvrer le précieux chef d'une manière parfaitement authentique et sans aucun scandale. Le pape convint d'y réfléchir la nuit suivante. Dieu inspira au Maître général la pensée que Frère Guillaume de Lordat, Toulousain d'origine, et alors Collecteur apostolique en Campanie, s'acquitterait mieux que personne de cette commission.

Muni d'une bulle qui obligeait, même sous peine d'excommunication, tous les détenteurs de la tête et du corps de saint Thomas à les lui remettre, Guillaume se rendit au couvent de Fondi, et reçut publiquement le corps du saint docteur, renfermé dans une belle châsse de vermeil. L'abbé de Fossa- Nuova et les magistrats de Piperno lui livrèrent ensuite le chef du saint, et l'accompagnèrent à Monte-Fiascone, où il se rendait pour remettre au souverain pontife les précieuses reliques. Le pape les fit déposer dans sa chapelle, et le 4 août 1368, fête de saint Dominique, en présence de nom-

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breux prélats et de hauts personnages, il octroya solennellement au Maître des Prêcheurs le corps et la tête de saint Thomas, pour être au plus tôt transportés à Toulouse. Acte public fut dressé de cette déclaration.

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