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CHAPITRE VIII

HOMMAGES RENDUS A LA DOCTRINE DE SAINT THOMAS PAR LES PAPES ET LES CONCILES

Collaudabunt midti sj.picnlLim ejus.

EcCLI., X.XXIX, 12.

Beaucoup acclameront sa sagesse.

On l'a vu dans les deux chapitres qui précèdent, les honneurs rendus au corps de saint Thomas d'Aquin sont tels, que l'histoire ecclésiastique n'en a presquepas enregistré de semblables. Où chercher la raison de ces hommages exceptionnels? Pas ailleurs, croyons-nous, que dans la parole du crucifix de Naples : Tu as bien écrit de moi, Thomas.

Sur cette parole six siècles se sont levés, témoins de l'écho qu'elle a suscité dans la parole des papes, des conciles, des ordres religieux, des universités et des plus savants docteurs. Cette parole, la poésie l'a chantée, l'éloquence l'a célébrée, la sculpture l'a gravée dans la pierre et le marbre, la

peinture Ta fixée en des fresques et des toiles immortelles.

L'Eglise, empruntant les expressions du cardinal Baronius, commence ainsi qu'il suit, une leçon du bréviaire dominicain :

« On ne suffirait pas à rapporter tous les éloges décernés à saint Thomas par les théologiens catholiques, et tous les hommages que son irréprochable doctrine a reçus des pontifes romains. »

Alexandre IV ouvre cette glorieuse série. Dans un bref à Emeric, chancelier de l'Eglise de Paris, il écrivait :

« Bien vive a été notre satisfaction d'apprendre avec quel zèle et quelle vigilance vous prenez les intérêts de la piété et de la justice. C'est ainsi que récemment, avant même d'avoir reçu nos Lettres, vous avez accordé la Licence à Fr. Thomas d'Aquin, de l'ordre des Prêcheurs, homme également illustre par la noblesse de sa race, la pureté de sa vie, et le trésor de science et de doctrine que la grâce de Dieu lui a déjà fait acquérir. »

Quand Alexandre IV tenait ce langage, en 1256, Thomas d'Aquin, âgé de trente-deux ans, était loin encore d'avoir donné les plus belles productions de son génie.

Citons seulement pour mémoire la fameuse parole de Jean XXII : « Autant ce docteur a composé d'articles, autant il a opéré de miracles, » et cette autre du môme pontife : « Sa doctrine est vraiment

miraculeuse ; lui seul a plus éclairé l'Eglise que tous les autres docteurs ensemble. »

Clément VI, dans une bulle datée de 1344, après avoir comparé la doctrine de l'Ange de l'école au rayon du soleil qui illumine la terre, et à un glaive spirituel qui pourfend l'erreur, ajoute à sa louange : « Les écrits de saint Thomas, remplis de sagesse et de science, ne cessent pas de procurer à l'Eglise universelle cette abondance de fruits variés, dont l'arôme console et réjouit toujours la sainte Epouse de Jésus-Christ. »

Il appartient au pape Innocent IV d'avoir marqué en une courte sentence le cachet spécial des oeuvres du Maître :

« Sa doctrine a, sur toutes les autres, celle des conciles exceptée, la propriété des termes, la mesure dans l'expression, la vérité des propositions, dételle sorte que ceux qui la tiennent ne sont jamais surpris hors du sentier de la vérité, et que quiconque la combat a toujours été suspect d'erreur. »

Ecoutons Urbain V s'adressant à l'archevêque et à l'université de Toulouse :

« Considérant que saint Thomas a, par cette science éminente qu'il avait reçue de Dieu, illustré non seulement l'ordre des Frères Prêcheurs, mais encore l'Eglise entière,, et que, fidèlement attaché aux pas du bienheureux Augustin, il a enrichi cette même Eglise d'un très grand nombre de savants ouvrages, Nous vous exhortons dans le

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Seigneur Jésus à recevoir son corps avec toute sorte de respect, d'honneur et de vénération.

« Nous voulons aussi, et nous vous l'enjoignons par ces présentes, que vous embrassiez constamment et propagiez de tout votre pouvoir la doctrine du même saint Thomas, comme véritable et parfaitement orthodoxe. »

En 15O7, le pape saint Pie V déclara Thomas d'Aquin Docteur de l'Eglise, et ordonna que sa fête fût célébrée avec la même solennité que celles des quatre premiers docteurs de l'Eglise latine : saint Grégoire le Grand, saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme. Le principal motif de cette décision se trouve exposé comme il suit, dans la bulle Mirabilis :

« Par un effet de la providence du Tout-Puissant, plusieurs hérésies qui s'étaient élevées depuis la mort du Docteur angélique, sont maintenant confondues et entièrement dissipées, grâce à la force et à la vérité de sa doctrine ; on l'a vu dans le passé, mais la chose a paru en dernier lieu, très clairement, dans les décrets du saint concile de Trente. »

Le zèle empressé des Napolitains pour obtenir du Saint-Siège le droit d'honorer saint Thomas comme patron de leur cité, donna occasion au pape Clément VIII de leur adresser trois Brefs, desquels on peut détacher ces magnifiques éloges:

« C'est par un motif également sage et pieux que vous désirez avoir pour nouveau protecteur le bienheureux Thomas d'Aquin, jadis votre con-

citoyen, angélique interprète des volontés divines, dont la doctrine a eu ce rare privilège d'être approuvée par le témoignage de Dieu même. En accordant votre demande, Nous voulons non seulement satisfaire notre dévotion particulière envers ce Saint, mais témoigner, en Notre nom autant qu'au nom de toute l'Eglise, combien Nous nous sentons redevables au Docteur angélique. »

Quatre ans après, Paul V, successeur de Clément VIII, écrivait ces paroles non moins remarquables :

« Nous nous réjouissons beaucoup dans le Seigneur, de voir tous les jours s'accroître le culte et les honneurs que l'on rend à saint Tliomas d'Aquin, ce très illustre athlète de la foi catholique, dont les écrits servent à l'Eglise militante comme d'un bouclier pour repousser avec succès les traits des hérétiques. »

Le pape Alexandre VII, qui condamna les cinq fameuses propositions de Jansénius, écrivait, en 1660, aux docteurs de Louvain:

« Nous ne doutons point que vous ne suiviez toujours et n'ayez en. singulière vénération les principes très sûrs et inébranlables de saint Augustin et de saint Thomas, ces deux célèbres et saints docteurs, dont le grand génie et la réputation si bien établie parmi les peuples catholiques sont supérieurs à toute louange, et ne peuvent être recommandés par de nouveaux éloges. »

BenoîtXIII, dans trois magnifiques brefs, adressés

à l'ordre des Frères Prêcheurs, auquel il déclare avoir eu l'honneur d'appartenir, relève de son autorité apostolique les louanges décernées par ses prédécesseurs à la doctrine de saint Thomas, et s'insurge contre les calomnies dont on s'est armé pour l'attaquer :

« Par un effet de sa providence suprême, Dieu ne s'est pas contenté de donner au Docteur angélif[ue la force et la science nécessaires pour confondre et dissiper les hérésies qui avaient précédé sa naissance ou qui s'étaient répandues de son temps, mais encore plusieurs autres qui ont affligé l'Eglise depuis sa mort. Méprisez donc. Nos chers fils, les calomnies qu'on a mises en avant pour noircir vos sentiments, particulièrement sur la grâce efficace par elle-même et par une vertu intrinsèque, comme parle l'école, et sur la prédestination gratuite à la gloire, sans aucune prévision des mérites ; sentiments que vous avez enseignés jusqu'à ce jour avec honneur, que votre école se glorifie à juste titre d'avoir puisés dans saint Augustin et dans saint Thomas, et qu elle soutient avec une louable fermeta être conformes à la parole divine, aux décrets des conciles, aux décisions des souverains pontifes et à la doctrine des Pères de l'Eglise.

« Continuez de vous consacrer à l'étude des ouvrages de votre saint docteur sans craindre de vous égarer, puisque ses écrits, sans trace d'erreur, sont plus lumineux que le soleil, et que l'Eglise,

qui admire son érudition, reconnaît en avoir été éclairée; appuyés sur une règle si sûre de la doctrine chrétienne, soutenez toujours avec courage les vérités de notre sainte religion et la pureté de sa morale.

« Voilà ce que nos prédécesseurs ont pensé et Nous ont appris de la doctrine de saint Thomas; à leurs justes éloges Nous joignons de grand cœur les nôtres. »

On ne saurait trop remarquer l'acte important de Clément XII pour honorer la mémoire de l'angélique docteur. Après avoir rappelé l'approbation donnée à ses écrits par les pontifes romains, et cité nommément treize de ses prédécesseurs : Alexandre IV, Jean XXII, Clément VI, Urbain V, Nicolas V, Pie IV, Pie V, Sixte-Quint, Clément VIII, Paul V, Alexandre VII, Innocent XII et Benoît XIII, le Saint-Père déclare que, voulant aussi témoigner son estime particulière pour la doctrine de saint Thomas, il accorde à tous les séculiers qui auront étudié la théologie dans les écoles des Frères Prêcheurs, selon la forme en usage, mêmes prérogatives, mêmes grades, mêmes droits aux bénéfices que s'ils avaient suivi les cours des plus célèbres universités du monde.

Pour continuer cette glorieuse nomenclature, il faudrait citer encore Benoît XIV, Pie VI, Pie IX, qui ont à l'envi comblé de louanges le Docteur angélique. Quant à Léon XIII, ce ne sera pas trop

d'un chapitre entier pour rapporter les actes de son pontificat relatifs seulement à l'Ange de l'école.

Dans la constitution de 1733 du pape Clément XII est contenu le témoignage suivant :

« La doctrine de ce grand homme a été exaltée dans les conciles même œcuméniques. »

A l'appui de cette assertion existe un discours célèbre, prononcé à Trente, le 7 mars 1563, dans l'église des Frères Prêcheurs, devant l'éminente assemblée des Pères du concile, par le Dominicain Jean Gallo, de Burgos.

« Saint Thomas, disait ce docte théologien, n'a pu assister pendant sa vie à aucun concile général ; mais, grâce aux trésors de sa doctrine, on peut assurer que, depuis son heureux trépas, il ne s'est point tenu de concile dans l'Eglise, où le saint docteur ne se soit trouvé et n'ait été consulté. Sans parler des autres, remarquez celui qui se tient sous nos yeux. Parmi ses nombreux docteurs, dont les lumières font tant d'honneur à l'Eglise, en est-il un seul qui opine sans appuyer son avis de l'autorité de saint Thomas ? Dans le secret du sanctuaire, où se traitent de si graves questions, s'il s'élève quelque doute, quelque partage de sentiments, c'est à saint Thomas qu'on a recours; sa doctrine est comme la pierre de touche de la foi, c'est à elle que vous faites tous profession de vous rapporter. »

Un incident très glorieux pour notre grand docteur marqua la vingt et unième session.

On se disposait à faire lecture d'un décret relatif au moment où Jésus-Christ institua les prêtres de la loi nouvelle. L'archevêque de Grenade fit observer que saint Thomas paraissait contraire à une proposition qu'on voulait insérer. Les Pères se firent aussitôt lire le passage de la Somme que l'archevêque avait cité, et, pour donner le temps d'éclaircir le doute, renvoyèrent unanimement la promulgation du décret à la session suivante, qui ne se tint que deux mois après.

Bossuet, expliquant la doctrine du concile de Trente, en particulier sur la justification, a donc eu raison de dire : « Toute cette doctrine a été puisée dans saint Thomas, ou plutôt elle n'est presque qu'un tissu de ses propres paroles. »

Autre hommage rendu à la doctrine de l'Ange de l'école. Les Pères de Trente avaient ordonné qu'il fût fait une exposition pratique de la foi orthodoxe, à l'usage des pasteurs des âmes et des fidèles. L'ouvrage, élaboré sous leurs yeux, ne put être achevé pour la fin des sessions. Une commission de trois savants Dominicains, Léonard de Marinis, Gilles Foscherari et François Foreiro, fut nommée pour y mettre la dernière main. Leur travail parut trois ans après, sous le titre de Catéchisme dit concile de Trente , ou de Catéchisme romain.

<•' Les approbations réitérées données au Catéchisme romain, dit le P. Touron, sont comme autant de nouveaux témoignages en faveur de la

doctrine de saint Thomas, puisque c'est dans ses écrits qu'on a puisé et les lumières dont on avait besoin, et tous les principes qu'on a répandus dans les différentes parties de cet ouvrage. »

Après que les papes et les conciles ont parlé, faut-il faire appel à l'autorité des ordres religieux, des universités et des docteurs catholiques? Nous en avons fait mention déjà au chapitre XVII du premier livre, à propos de la Somme de thèologrie.

Toutefois un trait cité par Bernard Guidonis trouve ici naturellement place :

« Frère Eleuthère, des Frères Mineurs, était dans une perplexité très grande au sujet d'une question théologique. Sans prendre la peine de recourir aux écrits de saint Thomas, il pria dévotement Notre-Seigneur et saint François d'Assise de lui découvrir la vérité. Or, voici que, dans une vision, saint François lui apparaît avec Thomas d'Aquin, dont la chape était scintillante d'étoiles. Au-dessus des deux bienheureux, la Vierge Mère de Dieu avec son divin Fils tenait deux splendides couronnes suspendues sur leurs têtes. Comme le Frère éprouvait un bonheur inexprimable dans cette vision céleste, saint François lui dit, en montrant saint Thomas : « Mon fils, croyez à ce saint, sa « doctrine ne vieillira jamais. » Frère Eleuthère, se réveillant alors, se mit à lire saint Thomas, et trouva sur-le-champ la solution désirée. Lui-même

a raconté le fait à plusieurs religieux, assurant par serment qu'il était véritable. »

Barthélémy de Capoue, que nous connaissons pour l'un des principaux témoins entendus au procès de canonisation, fit plusieurs dépositions tout à la louange de la doctrine de saint Thomas.

« Il tenait de Jacques de Viterbe, religieux augustin, archevêque de Naples, que Frère Gilles de Rome lui avait dit fréquemment à Paris, dans des causeries intimes : ^c Frère Jacques, si les « Frères Prêcheurs l'avaient voulu, eux seuls « auraient été savants ; quant à nous, nous n'eus- « sions jamais été que des idiots. Ils n'avaient « qu'à nous refuser les écrits de Frère Thomas « d'Aquin. »

« Le même Frère Jacques, continue Barthélémy, après avoir goûté la manne délicieuse des œuvres du saint docteur, ne voulut jamais voir d'autres ouvrages. La première fois qu'il vint à Naples et visita le couvent des Prêcheurs, il se fit conduire à la cellule qui avait été celle de Frère Thomas, et voulut qu'on lui indiquât l'emplacement de sa table de travail. S'agenouillant aussitôt, en présence de nombreux Frères : « Je suis « venu, dit-il, pour prier à la place où se sont « posés ses pieds. »

Nos lecteurs aimeront maintenant à contempler comme en un diadème de perles, les principaux titres élogieux décernés à saint Thomas d'Aquin

par les papes, les conciles, les universités, les théologiens les plus éminents de la Ville éternelle et de tout l'univers.

Voici ces titres :

Docteur Angélique ;

Ange de l'école ;

Ange de la théologie;

Docteur eucharistique ;

Docteur incomparable ;

Docteur des docteurs ;

Prince des théologiens;

Siège de la sagesse;

Tabernacle de la science et de la sagesse de dieu ;

Disciple privilégié du saint-esprit ;

Oracle divin;

Interprète fidèle des volontés divines;

Prince et père de l'église ;

Astre matinal de l'église ;

Lumière de l'église militante;

Grand luminaire du monde ;

Fla.mbeau de la théologie catholique;

Lumière de science;

Chérubin des anges ;

Oracle du concile de trente ;

Pierre de touche de la foi;

Athlète de la foi orthodoxe;

Bouclier de l'église militante ;

Arsenal de l'église et de la théologie;

Ange exterminateur des hérésies;

Terreur des hérétiques et marteau des hérésies ;

Miracle du monde;

Abîme de science ;

Clef des sciences et clef de la loi;

Alpha de toutes les sciences ; Aigle des écoles;

RÉSUMÉ de tous les grands esprits ; Langue de tous les saints ; Commun maître de toutes les universités ; Premier des sages et délices des savants; Perle du clergé, fontaine des docteurs et miroir sans tache de l'université de paris.

Enfin, dans l'office liturgique, l'Eglise l'appelle :

Ornement de l'univers; Guide et lumière des fidèles ;

RÈGLE, VOIE, loi DES MŒURS;

Tabernacle des vertus;

Flambeau du monde;

Lumière de l'église ;

Splendeur de l'italie ;

Honneur et gloire des frères prêcheurs;

Chantre de la divinité.

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