‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 121 sur 372 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les évêques atterrés entourèrent aussitôt les deux nonces, les suppliant pour l'amour de Dieu de céder sur ce point. Gratien et son collègue témoignaient la plus extrême répugnance ; enfin ils consentirent à un compromis. Le Roi, qui au fond n'avait pas envie de rompre, ne s'était pas éloigné si vite qu'on ne pût le rejoindre. Apprenant le revirement causé par sa menaçante attitude, il remit pied à terre, et peu d'instants après tous les assistants furent invités à se grouper autour du Roi ; celui-ci fit alors à haute voix des déclarations importantes. L'Archevêque, ditil, n'a jamais été chassé d'Angleterre par ma volonté; bien plutôt je l'ai invité plusieurs fois à y revenir pour se disculper, mais il a toujours refusé. Aujourd'hui, cependant, le seigneur Pape veut et ordonne que je lui rende la pleine et paisible administration de son Église, et que j'amnistie tous ceux qui sont sortis de mon royaume pour faire cause commune avec l'Archevêque : ainsi soit donc fait.

Après une décision aussi grave, Henri se montra fort content; il s'occupa, toujours en circulant dans le parc, de plusieurs affaires concernant l'État, mais étrangères à la question de ses relations avec l'Archevêque. La paix était donc faite et le passé oublié? Non, hélas ; le Roi aussi bien que Gratien savaient que beaucoup de points restaient à traiter. On le vit clairement lorsque Henri, qui semblait penser à toute autre chose, revint brusquement vers les plénipotentiaires, et leur demanda de passer en Angleterre pour absoudre sur place les excommuniés. Gratien et son collègue refusèrent nettement, la démarche proposée n'étant pas nécessaire et pouvant être dangereuse. Mécontent, le Roi insista pour que l'un des deux fît le voyage, pour qu'au moins un de leurs clercs fût

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envoyé par delà le détroit : mais les nonces opposaient le même refus. Aussitôt nouvelle explosion de colère chez le Roi, qui s'écrie :

« Faites donc ce que vous voudrez! De vous et de « votre excommunication je me soucie comme d'un « œuf ! »

Et il remonte à cheval ; mais il n'a pas en vain compté sur ses fidèles prélats. Ceux-ci l'entourent, l'arrêtent, lui représentent les torts qu'il se donne, et Henri, qui ne demande qu'à poursuivre la négociation, met encore une fois pied à terre. Il s'entretient avec les évêques : ceux-ci l'assurent qu'ils vont sur-le-champ écrire au Pape, certifier qu'en leur présence le Roi d'Angleterre a offert la paix, s'est déclaré prêt à remplir les conditions posées par le Souverain Pontife, et que l'échec des conférences n'est dû qu'à la conduite des commissaires de Sa Sainteté. Sur l'heure on se met à l'œuvre ; mais la rédaction de la lettre collective est laborieuse. Henri Plantagenet s'irrite; il arpente le , parc, revient au groupe des prélats qui s'ingénient à fausser la vérité sans mentir positivement ; Arnulf de Lisieux insiste dans un sens, nous savons trop bien lequel; Rotrou de Rouen, sans distinguer mieux qu'à son ordinaire le fond de la question, tient pour une rédaction plus honnête et plus sincère ; on n'aboutit pas ; le Roi menace de se retirer. En fin de compte les pauvres évêques sont réduits à confesser leur impuissance en même temps que leur timidité : ils savaient que les nonces avaient entre les mains des Lettres apostoliques enjoignant l'obéissance à toutes les décisions de Gratien et de Vivien ; ces lettres ils les avaient vues et n'avaient osé les faire connaître au Roi ; mais il fallait bien maintenant s'y résoudre, sous peine

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