‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 126 sur 372 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

affaire (i), et partirent définitivement pour la France. Cédant une dernière fois aux supplications des évêques, ils envoyèrent au Roi l'archidiacre de Pavie, qui fut d'abord convenablement accueilli, puis bientôt congédié dans les termes les plus grossiers. Il ne tarda même pas a être attaqué, détroussé sur la route ; un de ses compagnons fut maltraité ; peut-être y eût-il laissé la vie sans l'arrivée fortuite d'un chevalier qui le tira de ce mauvais pas. Tel était le dernier acte de cette négociation.

Gratien et Vivien arrivèrent à Sens où ils virent l'exilé, qu'ils trouvèrent parfaitement calme ; le triste récit des conférences ne put altérer la paix de son âme (2). Vraiment, alors qu'on est fatigué de raconter cette série de pourparlers inutiles, peut-on ne pas admirer le saint qui n'était pas lassé d'en faire luimême les frais ? Il faut avouer, du reste, que ces avortements successifs ne pouvaient le surprendre, car moins que personne il croyait à l'efficacité de pareils procédés.

Gratien prit sans retard la route de Bénévent 011 l'archevêque de Sens, Guillaume de Champagne, voulut l'accompagner, pour appuyer de tout son crédit le rapport du fidèle mandataire de Sa Sainteté. Vivien commença la rédaction de la lettre dans laquelle il exposait au Pape les vicissitudes de sa mission; Thomas luimême écrivit au Souverain Pontife, à plusieurs cardinaux, et à l'évêque de Meaux qui se trouvait en ce moment à la cour pontificale. Pendant ce temps, le Roi d'Angleterre adressait au Pape une lettre qui

1. Materials, t. vu, page 93, Gilberti London. episcop. ad Alexandrum Pap. ep. <• Ad vestram, pater ».

2. Ibid., page 81, rapport de Vivien au Pape : * Qui (Cantuar. archiep.) cum praidicta omnia œquanimiter sustineret... ».

était censée retracer la marche des conférences, dont l'échec devait être imputé au mauvais vouloir des commissaires apostoliques, cela va sans dire. Naturellement les porteurs de la missive royale étaient accrédités comme ambassadeurs auprès de Sa Sainteté (i); d'ailleurs les menaces ne manquaient pas dans cette épître (2); en sorte qu'Alexandre III put y lire tout le contraire de ce qu'il avait espéré. En même temps que les lettres du Roi, de Vivien et de Thomas Becket, il en recevait d'autres, signées de l'archevêque de Rouen, de l'évêque de Nevers, des évêques

1. T. VII, page 82, ep. « Sœpius nuntios nostros ». — Cette fois Henri s'y prenait pour accélérer la négociation d'une autre façon que pour les précédentes ambassades ; c'était lui-même qui pressait le Pape de faire vite et de renvoyer promptement ses gens ; mais on ne peut que sourire des motifs qu'il allègue : « quoniam eorum mora diuturnior periculum et damnum intolerabile ecclesiaa posset afferre ». Or il s'agit tout simplement d'un certain Richard Barre parfaitement inconnu d'ailleurs, et de l'archidiacre de Salisbury, beaucoup trop connu au contraire ; voici en quels termes s'exprime sur son compte l'Archevêque de Cantorbéry (ad Alexandrum et Johannem nuntios suos ep. « Solliciti estote ») : « ... illum spurium, fornicarium, et ecclesiasticas pacis inimicum, sacerdotis filium, Reginaldum de Saresberia, qui personam nostram in quantum potest diffamât ubique et deturpat, dicens nos proditorem esse, et sibi fidem dédisse quod patrem ejus (Jocelin, évêque de Salisbury) non lasderemus in aliquo. Quod utique ipsi non plus quam cani faceremus ». On voit une fois de plus que Henri II, zélé réformateur des mœurs du clergé, ne faisait pas difficulté de prendre pour ses alliés et ses auxiliaires les membres les moins honorables de ce corps. Pierre de Blois, cet homme aimable qui tenait surtout à être en excellents termes avec tout le monde, essaya bien une apologie de ce Renaud {Materials^ t. vu, page 195) ; mais en somme il ne trouve à relever chez lui qu'une intelligence très vive, que nul ne contestait, et l'affection de l'archidiacre pour son triste père et seigneur, que chacun connaissait trop. Deux pages de considérations morales tirées de l'Ecriture ne sauraient tenir lieu des faits que Pierre de Blois eût dû pouvoir articuler pour réhabiliter la conduite du personnage. Ce Renaud était digne de figurer à côté de Jean d'Oxford et de l'abbé intrus de Saint-Augustin, sur la liste des ambassadeurs que Henri II choisissait avec tant de soin pour le représenter pardevant le Souverain Pontife.

2. « Si minus exauditi fuerimus, tanquam de vestra benevolentia desperantes, aliter securitati nostrse et honori prospicere compellamur. »

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