‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 125 sur 372 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

le Roi. Henri se dirigeait vers Rouen où il devait recevoir le comte de Flandres; mécontent de n'avoir pu arriver à la conclusion qu'il souhaitait, il chargeait cinq évêques de retourner vers les plénipotentiaires pour essayer de renouer la négociation. Les prélats, d'accord avec l'archevêque de Rouen, proposèrent de nouveau l'admission de la clause malencontreuse : « sauf la dignité du royaume >/. A leurs instances Gratien répondit :

« Soit; mais si l'on admet la formule qui affirme « les prérogatives du Roi, l'on mentionnera aussi « celle qui affirme les prérogatives de Dieu ; l'on « ajoutera donc ces mots : sauf la liberté de « l'Église. »

Les hommes du Roi ne pouvaient admettre cela ; Henri assurait bien que par la formule <?; à l'hon- « neur de Dieu // il garantissait la liberté de l'Église ; mais puisqu'il se refusait à écrire le mot, on ne pouvait croire à sa bonne foi. Ses délégués proposèrent alors de supprimer toutes les clauses additionnelles et de déclarer seulement que l'Archevêque rentrerait en pleine et paisible possession de son Église telle qu'il l'avait autrefois gouvernée. Chose étrange, Vivien nous dit avoir consenti, de concert avec son collègue, à une rédaction si vague, qui laissait subsister toutes les équivoques. Les prélats allèrent porter à leur maître la nouvelle de cet accord, et peu après les deux commissaires furent mandés à Rouen. Une telle manière de négocier en courant les grands chemins leur plaisait peu ; mais il leur fallait bien en passer par là sous peine de ne jamais joindre le Roi. Arrivés à Rouen, il furent reçus au palais archiépiscopal, et virent bientôt paraître des mandataires envoyés par Henri pour déclarer qu'il

n'acceptait pas plus la dernière formule que la précédente. Gratien et Vivien se fussent bien passés de venir jusqu'à Rouen pour recevoir une notification de ce genre, dont la brusquerie, reconnaissons-le, sauvait la cause de l'Archevêque et de l'Église.

Il n'y avait plus rien à faire; les deux commissaires se préparèrent au départ, Gratien pour rentrer immédiatement en Italie, dégoûté qu'il était du rôle auquel la mauvaise foi de Henri Plantagenet condamnait les représentants du Pontife romain. Il se proposait de faire lui-même au Pape et de vive voix un rapport circonstancié ; une courte lettre lui paraissait pour le moment suffire, afin de prévenir le Saint-Père contre les nouvelles négociations que Henri II ne manquerait probablement pas d'engager à la cour pontificale. Vivien crut meilleur de raconter les diverses phases des conférences dans un rapport assez détaillé qui, au surplus, ne rendrait pas inutile celui de Gratien, mais le confirmerait au contraire. Il songeait, quant à lui, à demeurer quelque temps encore en France, espérant que peut-être une occasion s'offrirait de reprendre les pourparlers. Mais avant de quitter Rouen, l'un et l'autre laissèrent à l'Archevêque Rotrou l'ordre formel de faire savoir au Roi d'Angleterre et aux excommuniés récemment absous d'une manière conditionnelle que cette absolution serait nulle si la paix n'était pas conclue avant le départ des commissaires du Pape ; en ce cas, tout le monde devrait obéir, de par le Souverain Pontife, à la sentence que prononcerait l'Archevêque de Cantorbéry. L'évêque de Londres arrivait sur ces entrefaites pour proposer aux nonces de juger l'appel interjeté par lui, nous savons dans quelles circonstances ; mais Gratien et Vivien refusèrent de s'occuper d'une telle

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