MONTMARTRE
Reprenant au point où elle était restée la campagne entreprise à Vézelay, puis poursuivie à Clairvaux, l'Archevêque de Cantorbéry, légat du Saint- Siège, écrivit de nombreuses lettres qu'il fit passer dès les premiers jours de septembre à tous ses suffragants sauf à l'évoque de Londres, frappé de l'excommunication; il n'oublia pas même l'évêque de Durham, qui relevait de la métropole d'York. Aux plus puissants monastères, tels que ceux de Christchurch et de Saint-Augustin, à Cantorbéry, de Westminster, de Malmesbury, de Saint-Alban, d'Edmundsbury, des lettres du même genre furent expédiées. Dans ces divers documents, l'Archevêque promulguait l'excommunication encourue par les personnages frappés à Clairvaux, dont quelques uns avaient été absous provisoirement et sous condition ; il ordonnait aux prêtres et aux fidèles de se séparer d'eux, de les éviter selon que l'ordonnaient les canons de l'Eglise ; et la précaution n'était pas superflue, car à la cour d'Angleterre on traitait couramment avec ces malheureux dont plusieurs, nous l'avons vu, figuraient dans la suite du Roi. Or telle était alors la discipline bien connue de l'Église, que tout fidèle, en communiquant avec un excommunié nom-
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mément dénoncé, encourait par le fait la même peine. Thomas, comme pasteur de ce troupeau égaré, jugeait urgent de prévenir de tels ravages ; mais il ne s'en tenait pas là.
Il était trop évident que l'excommunication de personnages secondaires ne suffirait pas à dompter le Roi; on savait dès longtemps qu'il ne s'arrêterait que devant l'interdit. Aussi l'Archevêque légat écrivaitil aux évêques pour leur faire savoir que l'interdit était prononcé dès ce jour et jeté sur l'Angleterre, où il devrait être observé à partir du 2 février 1170, fête de la Purification de Notre-Dame, dans le cas où à cette date le Roi n'aurait pas donné satisfaction à l'Église. Enfin les prélats devaient avertir le souverain que l'Archevêque légat ne pourrait tolérer indéfiniment les audacieux attentats commis depuis cinq ans et plus, et que son devoir l'obligerait bientôt à lancer contre le Roi d'Angleterre personnellement les foudres apostoliques. En voyant l'état de ruine auquel était réduite l'Église de Cantorbéry, sans parler des autres diocèses, les peuples n'auraient pas compris que le principal auteur de tels maux demeurât toujours impuni.
Henri Plantagenet sentit que l'orage approchait ; il l'entendait gronder sur sa tête ; aussitôt son parti fut pris ; et d'ailleurs avait-il à délibérer sur le choix d'une tactique? Celle qu'il avait suivie depuis cinq ans passés l'avait trop bien s^ervi pour qu'il pût songer à en adopter une autre. Ce fut donc en Angleterre un redoublement de rigueur envers les défenseurs de l'Église, et à la cour pontificale une nouvelle campagne diplomatique.
De Normandie le Roi expédia au-delà du détroit des ordres au Grand justicier d'Angleterre, Richard de