CHAPITRE M
Luci, à Geoffroy Ridel et à Richard d'Ilchester, les deux archidiacres rebelles. Les instructions données à ces divers personnages leur enjoignaient de publier un édit royal, dont le texte leur était en même temps remis, puis de convoquer les évêques pour les obliger à jurer l'observation de l'ordonnance. Or celle-ci portait :
Défense d'introduire en Angleterre des lettres du Pape ou de l'Archevêque notifiant l'interdit jeté sur le royaume, sous peine d'être traduit en justice comme coupable de haute-trahison.
Défense à tout clerc ou religieux de sortir de l'île sans lettres des juges royaux, ou d'y entrer sans lettres du Roi, sous peine de prison.
Défense de former appel au Pape ou à l'Archevêque, de tenir aucune assemblée pour délibérer sur un ordre de l'un ou de l'autre, d'obéir enfin à aucune injonction de leur part, sous peine de prison.
Défense à toute personne, quelle qu'elle fût, de porter un message au Pape ou à l'Archevêque, de la part d'un clerc ou d'un laïque quelconque, sous peine de prison.
Défense aux évêques, aux clercs, aux abbés, aux laïques, d'observer l'interdit; sous peine d'être immédiatement exilés avec tous leurs parents, sans pouvoir rien emporter de leurs biens meubles.
Confiscation de tous les biens meubles et de toutes les possessions généralement quelconques des personnes qui prendraient parti pour le Pape ou l'Archevêque, de quelque dignité, de quelque ordre, de quelque condition qu'elles fussent.
Ordre à tous les clercs pourvus de revenus en Angleterre, mais résidant sur le continent, de repas-
ser la mer dans un délai de trois mois, sous peine de confiscation.
Défense d'envoyer au Pape les sommes recueillies pour le denier de saint Pierre, et ordre de les verser au trésor royal pour être dépensées selon les instructions du Roi.
Comme sanction, un dernier article condamnait à la confiscation de leurs biens meubles les évêques de Londres et de.Norv^ich, pour avoir publié sans l'assentiment royal « et en contradiction des statuts « de Clarendon », l'excommunication lancée par le Pape contre le comte de Norfolk ainsi que l'interdit jeté sur ses domaines (i).
Quant à l'évêque de Londres, la sentence ne pouvait l'effrayer beaucoup ; n'était-il pas assez avant dans la faveur du Roi pour que l'affaire se terminât à Tamiable? Henri aurait-il sérieusement voulu se priver d'un si précieux auxiliaire? Mais pour l'évêque de Norv/ich, le cas était plus grave.
Quelques prélats, en effet, donnaient le signal de la résistance aux volontés schismatiques du roi Henri. Le vieil évêque de Winchester, couronnant glorieu-
I. Nous avons ici résumé les divers articles, aussi exactement que possible, mais sans traduire mot à mot le texte de Gervais de Cantorbéry, cjui nous fournit ces détails. Kn effet l'éditeur des Materials nous avertit (t^ vu, page 147, note a) qu'il y a beaucoup de variantes dans les rédactions das divers chroniqueurs, et il ajoute qu'il n'a pas même essayé de donner ces variantes ; la chose en valait pourtant la peine ; nous demeurons donc réduits au parti que nous avons adopté. Un billet envoyé par un ami à Thomas Becket (page 146) parle de cet édit, dont les pénalités sont beaucoup plus variées et plus cruelles au dire de cet anonyme qu'à celui de Gervais ; mais celui-ci paraît bien renseigné. Roger de Pontigny, qui commence avec cette époque à rompre son mutisme obstiné sur les événements de 1166-1170, dit que le Roi convoqua une assemblée d'évêques et de barons à Clarendon pour exiger le serment à ces odieux articles, et que les prélats obtinrent de ne donner qu'une promesse ; il y a là erreur et confusion, la suite de notre récit l'expliquera.