‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 144 sur 372 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

l'autorité apostolique en Angleterre, et les rois oublieraient vite qu'ils sont brebis du troupeau confié à saint Pierre. Le danger était évident à une époque où Henri II cherchait à isoler les Églises anglaises du Siège apostolique, et à établir la suprématie royale en matières ecclésiastiques ; alors que les articles de Clarendon livraient au pouvoir séculier les élections épiscopales, on pourrait arriver rapidement à n'avoir plus qu'un épiscopat schismatique de fait, quelles que fussent encore les apparences. Le conseil donné à Henri II par l'archidiacre de Salisbury était donc propre à servir merveilleusement la politique ecclésiastique du maitre ; le moment était parfaitement choisi, puisqu'on pouvait alléguer la nécessité, à raison de l'absence prolongée de l'Archevêque de Cantorbéry ; et l'on comprend que Thomas ait poussé le cri d'alarme, en déclarant que la réussite d'un tel plan serait la ruine irrémédiable de l'autorité du Saint- Siège dans la Grande-Bretagne.

A la cour pontificale, Richard et l'archidiacre se donnaient beaucoup de mal, désirant faire vite, on sait pour quels motifs ; malheureusement pour eux le Saint-Père ne voulait pas entendre à leurs raisons. Ils insistaient, jusqu'à froisser Alexandre III si endurant pour l'ordinaire, lorsqu'arriva Gratien. Le fidèle commissaire déchira tous les voiles, en racontant ce qu'il avait vu, en étalant à nu la mauvaise foi du Roi qui osait bien poursuivre des négociations dont on ne pourrait jamais prévoir le terme, tant que le Pape consentirait à s'y prêter. Mais l'archidiacre ne se tint pas pour battu, et fit appel à des alliés. Les chefs de la Ligue lombarde se trouvaient à la cour pontificale pour traiter de la paix avec les ambassadeurs de l'Empereur Frédéric, sous les yeux du Saint-

SAINT THOMAS DE CANTORBtRY

Père ; on y voyait aussi les envoyés de l'Empereur de Constantinople, Manuel Comnène ; puisqu'il n'y avait plus rien à espérer de Barberousse, vaincu et presque suppliant, les Lombards et les Grecs pouvaient être de plus utiles auxiliaires, Alexandre III ayant besoin de les ménager à des titres divers. L'argent et les promesses furent donc prodigués, et les alliés du Roi d'Angleterre insistèrent auprès du Pontife romain pour obtenir la prorogation du délai accordé au prince obstiné (i). Mais le Pape comprenait aisément pourquoi tant de gens prenaient si fort à cœur une cause qui au fond ne les intéressait nullement, et il demeurait inflexible, lorsque trois nouveaux ambassadeurs arrivèrent d'Angleterre au secours de l'archidiacre. Ceux-ci venaient pour contrecarrer l'effet que ne manquerait pas de produire le rapport de Vivien à propos de la conférence de Montmartre ; et Henri II avait choisi pour cette mission difficile son meilleur diplomate, Jean d'Oxford. Avec le Jureur arrivait l'archidiacre de Séez, puis un troisième personnage qui n'était autre que ce même Gilon, archidiacre de Rouen, dont le Roi avait voulu jadis faire démolir la maison (2) ; la paix était faite entre eux, et pour témoigner sa gratitude à Thomas Becket, qui l'avait alors sauvé de la ruine, Gilon venait plaider contre lui par devant le Souverain Pontife (3).

1. Alexandri III Pap. ad Gulielmum Senon. archiepisc. ep. « Litteras quas nobis » [Materials, page 299).

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