CHAPITRE XII
Jean d'Oxford reprit immédiatement tous les arguments employés par l'archidiacre de Salisbury et tenta d'arracher au Pape ce que Renaud n'avait pu obtenir; mais de plus en plus éclairé par Vivien, qui arrivait presque en même temps, Alexandre III se refusait obstinément aux concessions réclamées, presque exigées de lui. Jean avait prévu ce refus : quand il fut bien assuré que le Pape ne céderait pas, il recourut à un coup de théâtre. En présence du Saint-Père il déroula un parchemin scellé du sceau royal, en déclarant que le Roi d'Angleterre remettait au Saint-Siège le jugement du litige avec le soin de fixer les conditions de la paix ; la charte que Jean tenait à la main certifiait que telles étaient bien les intentions de Henri Plantagenet.
La déclaration produisit immédiatement un grand effets quoique le mot de cette comédie ne pût être un mystère que pour des aveugles volontaires. Ce n'était pas la première fois que le Roi affirmait s'en remettre au jugement du Pape, et jamais il n'avait exécuté les ordres de Sa Sainteté. Et puis que venaiton prier Alexandre III de fixer les articles de la pacification? N'était-ce donc pas chose déjà faite et refaite? Henri II ignorait-il encore ce qui lui avait été dit et écrit tant de fois au sujet de ses obligations ? Non, il n'ignorait rien ; mais il voulait gagner du temps, et recourait dans ce but à de nouveaux moyens. Au lieu d'accepter sans réplique les conditions que dictait le Saint-Père, Jean d'Oxford et ses collègues se mirent à épiloguer, spécialement sur la question du baiser de paix, qui était réclamé à Rome aussi bien qu'il l'avait été à Montmartre. C'est que l'archevêque de Sens avait repris le chemin de la France, et les anglais trouvaient le champ plus libre.
Tandis que ses gens négociaient avec le Pape, Henri était plein d'anxiété et se donnait beaucoup de mouvement. Ne sachant si le succès couronnerait les efforts de ses députés, il cherchait à provoquer de nouvelles conférences, espérant toujours y trouver un moyen de conclure une paix quelconque sans contracter les obligations auxquelles il entendait bien se soustraire, spécialement celles qui impliqueraient une renonciation à ses plans de politique ecclésiastique. Il n'avait plus maintenant la ressource d'intimider le Pape en faisant mine de tendre la main au schisme impérial, désormais vaincu ; mais une autre circonstance lui parut propre à servir ses desseins. La Terre-Sainte, menacée par Saladin, réclamait instamment des secours en Occident; le Souverain Pontife cherchait à entraîner vers la Palestine les rois et les seigneurs ; l'archevêque de Tyr venait de passer la mer pour provoquer l'envoi des renforts dont la nécessité devenait urgente, et le prélat se trouvait précisément en France. Le bruit ne tarda pas à se répandre que le Roi d'Angleterre songeait sérieusement à entreprendre le voyage de Terre-Sainte ; Louis-le-Jeune en fut même bientôt assuré par Henri II lui-même, qui fixait à la fête de Pâques de l'année 1171 son départ pour l'Orient. Le Roi de France n'y croyait guère, mais Plantagenet voulut recevoir l'archevêque de Tvr ; une réunion importante de prélats et de barons fut convoquée pour la circonstance, et en présence de ces témoins Henri déclara sa ferme intention de prendre la croix. Il est vrai, le différend qui séparait alors le Roi et l'Archevêque de Cantorbéry était un obstacle à ce pieux dessein; mais il y avait tout lieu d'espérer que ces difficultés disparaîtraient dans un avenir très prochain. Quelle cause en effet pouvait empêcher la paix, puisque le Roi d'Angleterre