‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 147 sur 372 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

offrait au primat et à ses compagnons de déposer sincèrement toute rancune et tout ressentiment, les conviait à revenir prendre possession paisible de tout ce qui leur appartenait, et s'engageait à traiter Thomas comme un roi doit traiter un archevêque, ne demandant en retour que les égards dus par un archevêque à son roi? Evidemment des conditions aussi favorables rencontreraient bon accueil, surtout si l'on songeait qu'il y allait de l'intérêt de la Palestine.

Il ne se pouvait que parmi tant de prélats bien intentionnés, quelques-uns ne voulussent tirer parti de déclarations aussi solennelles ; et en effet, l'évêque d'Auxerre et l'abbé de Cîteaux acceptèrent sur-lechamp la mission d'aller porter à Thomas Becket les bonnes paroles du Roi. Pour plus d'instances l'archevêque de Rouen écrivit au primat, et Froger de Séez joignit une lettre à celle de Rotrou.

L'évêque d'Auxerre trouva Thomas Becket fort peu disposé à tenter l'épreuve d'une sixième conférence (i) ; mais Henri 11 allait s'avancer vers la frontière de France tout exprès pour venir traiter avec l'Archevêque ; pouvait-on, disaient les prélats, refuser de répondre à de pareilles avances? Ils insistèrent au point que Thomas consentit à se rendre au-devant du Roi, et partit avec plusieurs de ses compagnons, devancé par les deux prélats. 11 était arrivé à Pontoise lorsqu'il reçut une lettre de l'évêque d'Auxerre : l'archidiacre de Salisburv, retour d'Italie, venait de rencontrer son maître, et Henri avait incontinent tourné bride pour rentrer en Normandie, fort satisfait des nouvelles que lui apportaient ses agents. Le primat n'avait donc plus qu'à rebrousser che-

I. Thom. Cantuar. ad Gaufrid. Autissiod. episcop. ep. « Secutus fidem vestram » [Materials, page 225).

min; rentré à Sens, il écrivit à Geoffroy d'Auxerre : « J'avais suivi vos conseils plutôt que mon propre « avis ; et au prix de bien des fatigues, pour moi et « pour les compagnons que j'avais fait venir de divers « lieux, nous étions arrivés à Pontoise, tout prêts à « accepter humblement la paix qu'on paraissait vou- « loir nous octroyer ; mais là j'ai reçu vos lettres « qui m'ont prouvé qu'on s'était joué de nous. Aussi « ai-je pris la résolution de ne plus croire désormais « les uns et les autres, et d'y regarder à deux fois « avant d'imposer à mes compagnons d'exil, proscrits « et pauvres du Christ, des courses inutiles et des « voyages très coûteux. Que ne m'avez vous cru? Je « vous disais la vérité ; mon avis eût été plus profitable « à vous comme à moi. J'ai agi follement; qui m'y « a forcé, vous le savez assez. Ce n'est pas à dire « que je ne vous sois reconnaissant de votre sollici- « tude ; néanmoins soyons dorénavant plus prudents « l'un et l'autre lorsqu'il s'agira de négociations, et « souvenons-nous que des mots ne sont que des « mots... »

Mais le saint Archevêque n'était pas au bout de ses épreuves. On sut bientôt en France quelles nouvelles avaient tant réjoui le Roi d'Angleterre et lui avaient fait jeter le masque. Richard Barre, un des agents de Henri, se montrait le digne successeur de Jean d'Oxford et de Clérambaud, semant partout les récits de son ambassade et jetant à tous les vents le contenu des rescrits pontificaux qu'il prétendait résumer. Le royaume de France apprit avec douleur que le Pape avait permis le couronnement de l'héritier d'Angleterre, que la cérémonie serait accomplie par un évêque désigné au gré du Roi, et qu'enfin les excommuniés, notamment l'évêque de Londres, avaient pro-

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