‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 152 sur 372 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

plages lointaines où vivait toujours l'ermite de Fincha]. Un courageux messager, un religieux, se dévoua pour aller trouver Godric, et fut assez heureux pour arriver jusqu'à la retraite du saint homme. Un moine de Durham, qui avait passé la moitié du carême auprès de l'anachorète, traversait le petit jardin qui entourait la cellule, dans l'intention de se rendre à son monastère pour la fête de saint Cuthbert (i); nous lui laissons la parole :

« J'allais sortir, dit-il, lorsque je fus abordé par un Frère gris qui m'adjura au nom de la sainte Trinité, de m'arrêter et d'ouïr son message. Puis, de par le seigneur Thomas, Archevêque de Cantorbéry alors en exi], et en vertu de l'obéissance, il me défendit de répéter à personne au monde ce qu'il allait me dire jusqu'au jour où tout serait accompli. Je le lui promis. Alors il me confia le message que le seigneur Archevêque envoyait à l'homme de Dieu. Après quoi je retournai à la cellule; et timidement je posai au saint une question sur un texte quelconque de l'Écriture. Mais il vit bien que j'avais autre chose à lui dire :

« Vous me traitez comme un innocent avec vos circonlocutions, interrompit-il; dites donc brièvement et clairement ce que vous avez en l'esprit; je vous répondrai volontiers, selon que Dieu le permettra.

« Un peu confus, je dis combien j'étais étonné de voir que le conflit entre le Roi et l'Archevêque se prolongeât sans que la médiation de quelques seigneurs en eût amené la fm.

« C'est, répondit-il, que des deux parts on a mal fait, en conférant comme en recevant la dignité archié-

I. C'est ce trait qui date le récit et nous donne le 19 mars 1170. Le messager était donc parti de Sens dans le courant de février.

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piscopale ; et ainsi les deux adversaires par leur faute ont fourni au Seigneur des verges pour les châtier. Mais la clémence divine peut tirer le bien du mal que font les hommes, et donner bonne fin à mauvais début.

« Je parlai alors sans plus de détours : « Seigneur, dis-je, il y a devant la porte un courrier de l'exilé. Cet homme m'a adjuré par l'autorité de l'Archevêque, et sous les plus solennelles garanties m'a confié qu'il apporte ici un message secret; si secret qu'à peine dans son propre monastère personne s'en doute; car s'il était pris par les officiers du Roi, il serait infailliblement puni de mort. Sa Seigneurie de Cantorbéry a ordonné de confier ce message à celui des moines de Durham qui se trouverait pour le moment attaché à votre personne. C'est donc au nom de l'Archevêque et comme son envoyé, au nom de la sainte Trinité, que cet homme m'a enjoint de venir vous trouver, afin de vous exposer de quoi il s'agit. Trois fois vous avez fait savoir à l'Archevêque des choses secrètes et dévoilé l'avenir; et en chaque occasion il a trouvé en vous un vrai prophète, rempli de l'Esprit du Seigneur ; car chaque fois l'événement a répondu à ce que vous aviez prédit. Au nom de la sainte Trinité il m'a adjuré de vous demander combien de temps encore le conflit doit se prolonger, à quelle époque l'accord se fera avec le Roi, enfin si l'Archevêque doit revenir un jour en Angleterre ou bien si l'affaire doit se terminer autrement. Il est très anxieux d'être fixé sur ces divers points. Il vous prie enfin comme son père, vous adjure comme son compagnon d'armes, vous demande comme cà un serviteur de Dieu longtemps éprouvé, de lui faire dire par moi quelle sera la fin de cette calamité ; car vous

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avez, lui a-t-on dit, annoncé que dans le délai de sept années son exil aurait une heureuse fin ; or voici que ce délai touche à son terme et n'a encore apporté que des amertumes.

« Après un long silence, le saint homme répondit: « Par trois fois, en effet, je lui ai envoyé des messages véridiques, révélés par le Saint-Esprit, et que je sentais devoir se vérifier. Aujourd'hui dites à son envoyé que lorsque vous êtes venu me demander la permission d'aller à votre monastère, j'ai prévu combien votre voyage serait entravé. Dites lui de ne point s'inquiéter si pour un peu de temps l'Archevêque a beaucoup à souffrir ; car plus longue est l'épreuve, plus belle sera la couronne ; et le léger fardeau de la tribulation endurée ici-bas produit un accroissement de béatitude éternelle. D'ici à six mois, la paix sera conclue en paroles entre lui et le Roi ; mais alors Godric ne sera plus de ce monde (i). D'ici à neuf mois, les honneurs et les biens de l'Archevêque lui seront rendus ; il reviendra dans son Église, au pays de Kent; et là, peu après, arrivera pour lui et pour toutes ses affaires une fin qui sera pour son bien et son salut, son bonheur et sa perfection, en même temps qu'elle sera pour beaucoup de fidèles un remède salutaire, un secours et une consolation. Répétez souvent au messager les dernières paroles que je viens de vous dire ; répétez les lui encore et encore ; car, par la grâce de l'Esprit- Saint, l'Archevêque ne les aura pas plutôt entendues qu'il en comprendra le sens caché. 11 y aura parmi tous les anglais plus de joie pour son retour qu'il n'y a eu de larmes pour son exil.

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