I. Sap., I
« pieds la justice et chargé de chaînes l'innocence, « reviennent tout glorieux de la honte de l'Église. « Plût à Dieu que sur le chemin de Rome ne fussent « pas couchés les corps de tant d'innocents 1 Qui donc <f désormais osera résister à ce Roi dont l'Église « romaine a renforcé les armes et fortifié l'audace « par tant de triomphes ? C'est un funeste exemple qui « ne sera pas perdu pour la postérité (i). »
Thomas écrivait en même temps à Gratien : « Par « la grâce de Dieu nous sommes à lui et le serons « toujours, morts ou vifs. Nous sommes prêts à en- « durer pour la liberté de l'Église l'exil, la proscrip- « tion, et tous les maux du monde, aussi longtemps « que le voudra le Seigneur. Puissions-nous être « dignes de souffrir persécution pour la justice ! Pour « une telle cause, nous acceptons tels tourments que « voudraient nous inlliger les cardinaux qui com- « battent l'Église avec sa propre autorité ; quand « même, ce qu'à Dieu ne plaise! le monde entier se « .lèverait contre l'Église, nous lui resterons fidèles, « par la divine miséricorde, ainsi que nous l'avons 'K promis. »
Dans son angoisse l'exilé tourna les yeux vers les
I. Sans doute une critique rigoureuse trouverait dans cette lettre quelques expressions excessives ; mais que ceux-là en blâment le saint Archevêque qui ne peuvent comprendre de combien d'amertumes son cœur avait été abreuvé depuis six années, sans compter les tortures subies avant Texil et la douleur de voir autour de lui une foule d'innocents réduits à la dernière misère. Nous avons donné cette lettre précisément à cause des notes moins mesurées qui s'y font entendre ; nous ne voulions pas qu'un censeur, jugeant dans la quiétude et le silence de son cabinet, nous accusât d'avoir dissimulé ce qu'il regarderait comme les torts de notre héros. D'ailleurs il est nécessaire d'observer une fois de plus qu'au moyen-âge on ignorait les ressources infinies du langage parlementaire ; l'expression était aussi vive c|ue les convictions, et nul ne s'en formalisait, pas même ceux qui se trouvaient atteints, si haut ciu'ils fussent placés ; car c'était le langage de tous.