‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 170 sur 372 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

habits blancs de son sacre lui serviront de linceul (i). A dire vrai, c'était dans ce serment que résidait pour Henri II l'un des principaux intérêts attachés au couronnement de son héritier. Depuis longtemps, alors même que Henri Court-Mantel n'était qu'un enfant, son père avait sérieusement songé à lui assurer, par la sanction du sacre, la succession au trône; les souvenirs de la guerre civile étaient toujours présents à la mémoire du Roi d'Angleterre, et il avait hâte de faire placer par la main de l'Église la couronne sur la tête de son fils. Pourtant, depuis que Thomas Becket siégeait sur la chaire primatiale, depuis qu'il était en exil, on avait su attendre ; pourquoi se hâter maintenant que la crise paraissait toucher à un heureux dénouement? Pourquoi ne pas différer de quelques mois, mais au contraire précipiter l'événement et procéder presque par surprise ? Évidemment le Roi voulait placer le primat en présence d'un fait accompli ; et ce fait ne pouvait être seulement le sacre du jeune prince, que Thomas avait nourri^ qu'il aimait vivement et qu'il eût été heureux de couronner ; le fait accompli devait être l'engagement pris par l'héritier du trône de se conformer aux coutumes que Henri II considérait comme la partie la plus importante de ses réformes. Or, il faut le remarquer, l'attitude nouvelle adoptée par le Pape à l'égard de ces mêmes coutumes donnait une grande importance au serment qui était censé lier désormais le futur Roi d'Angleterre. Alexandre III, dans ses instructions à l'archevêque Rotrou, renonçait à introduire la question des statuts de Clarendon dans les préliminaires de la paix ; il en réservait l'examen et

. I. Maskell, Monumenta rituaJia, t. 11, page lxxx.

l'amendement, voire la condamnation, pour un temps plus propice. Mais le jour où l'on aborderait cette discussion, si Ton se trouvait en présence d'un engagernent solennellement pris par la Couronne au regard des statuts, le Pape n'hésiterait-il pas? Car enfin il n'y aurait pas à se dissimuler qu'on ouvrirait ainsi une lutte nouvelle, dont nul ne pourrait prévoir le terme. En tous cas, la rigueur et l'étendue des condamnations à intervenir seraient probablement très atténuées, et l'on finirait au moins par conclure un concordat. Comme il était certain que Thomas Becket ne se prêterait jamais à une telle manœuvre, Henri II tirait habilement partie de l'attitude adoptée par le Pontife romain, en précipitant la cérémonie du sacre dé manière à se passer du concours du primat. Ce coup d'audace lui faisait reconquérir en fait la plus importante des positions si opiniâtrement disputées de part et d'autre depuis six années; et dès lors il pouvait se montrer facile sur tout le reste et attendre en sécurité l'avenir.

Pour atteindre un tel but, il avait fallu braver les ordres précis du Pontife romain ; on les avait ensevelis dans le silence. Il avait fallu en outre mécontenter la cour de France ; car pour faire vite et garder le secret, on avait dû laisser en Normandie, auprès de la reine Éléonore, la jeune femme de Henri Court-Mantel, Marguerite, fille de Louis VII. Celui-ci ne pouvait que ressentir vivement l'outrage fait à la Fille de France, à laquelle on paraissait refuser ses titres de reine et d'épouse légitime (i). Henri II ne souhaitant pas avoir à soutenir pour cela une guerre,

I. Les anciens pontificaux des Églises d'Angleterre disent en effet que la Reine doit être sacrée de l'huile sainte et couronnée ; la rubrique ajoute : « in regalis thori consortium benedicenda et consecranda est ».

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