CHAPITRE XIV
Pape lui interdisait de procéder au couronnement (i) ; mais le métropolitain les avait tenues absolument secrètes. Cependant il était impossible que l'on ne commençât pas à soupçonner le but de la convocation lancée par le Roi.
De tous côtés, Londres vit affluer les dignitaires du royaume, et tout allait au gré de Henri lorsqu'un incident imprévu faillit traverser son plan. Le 13 juin, Idonea parut dans la ville, trouva selon ses instructions l'archevêque d'York en compagnie de Gilbert Foliot, et leur remit les Lettres apostoliques dont elle était chargée par le primat d'Angleterre (2) ; mais on résolut cette fois encore de passer outre aux inhibitions signifiées d'une manière si formelle.
Le lendemain, dimanche 14 juin, devant la brillante et nombreuse assemblée réunie à Westminster, Henri II conféra l'ordre de la chevalerie à son fils aîné ; puis aussitôt, et à la grande surprise de la plupart des assistants, il requit les prélats de donner l'onction royale à l'héritier du trône et de poser sur son front la couronne d'Angleterre. C'était si véritablement un coup monté, qu'une cérémonie de cette
1. Amici ad ïhom. Cantuar. ep. « Rex prima die » [Materials, t. vu, page 309). Cette lettre est écrite par un normand, dans le cours de la semaine même qui précéda le sacre du jeune roi Henri.
2. C'est Fitzstephen qui nous fait ccnnaître cet épisode. La lettre citée ci-dessus dit « que les Lettres ont été remises à Roger il y a longtemps » ; le chroniqueur nous dit à son tour qu'elles furent remises « à l'arche- « vêque d'York et à l'évêque de Londres le samedi qui précéda le cou- « ronnement » ; ce sont, par conséquent, deux faits distincts l'un de l'autre ; attendu les circonstances, Thomas avait pris l'habitude d'expédier plusieurs copies du même document pour qu'on ne pût aisément le supprimer. L'affirmation de Fitzstephen vise le message dont était chargée Idonea, puisqu'elle devait, autant que possible, choisir un moment où l'archevêque d'York ne serait pas seul.
Quant à la réalité de ce fait que les Lettres apostoliques furent remises à Roger d'York, voir la note A, à la fin du volume.
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SAINT THOMAS DE CANTORBhRY
importance se trouva sur-le-champ toute organisée. Roger d'York, assisté de Gilbert de Londres et de Jocelin de Salisbury, fut le prélat consécrateur ; un grand nombre d'évêques étaient présents. Rien ne manquait donc au scandale, ni la témérité de l'archevêque d'York osant officier pontificalement dans une église qui n'était pas de sa juridiction, et passer outre à la défense du Pape ; ni celle des prélats qui prêtaient à une telle cérémonie leur concours et leur approbation morale, bien que le droit ne pût être douteux à leurs yeux. Mais nous nous trompons ; quelque chose manquerait encore, si Henri II s'arrêtait là; il a tout préparé pour combler la mesure. Henri Court-Mantel, revêtu d'habits blancs, selon l'usage, va prononcer le serment qu'ont jadis prêté son père et tous les rois chrétiens d'Angleterre, serment qui garantit la liberté des peuples comme celle de l'Église. En face du tombeau glorieux d'Edouard le Confesseur, il lit à haute voix la formule qu'on lui présente : mais quelles paroles tombent de ses lèvres? Celles d'une formule altérée, qui l'engage à observer les coutumes du royaume, en d'autres termes les statuts de Clarendon (i) ! Grâces à Dieu, Marguerite, la Fille de France, a été exclue de cette cérémonie sacrilège, où Ton professe l'hérésie et où tous les genres d'usurpations et de révoltes se trouvent accumulés ! Que faut-il de plus pour prouver la portée dangereuse de l'innovation que le Pape et l'Archevêque avaient voulu prévenir ? Malheureux prince, à qui l'on fait jouer un si triste rôle ! Après quelques années passées à guerroyer contre son père, il mourra sur les marches du trône, et les