CHAPITRE XV
FRÉTEVAL (1170)
Le 16 juillet, l'évêque de Nevers arrivait à Sens, accompagné de l'archevêque Rotrou, qui ne savait pas épargner sa peine dès qu'il s'agissait d'une tentative de conciliation. Les deux prélats voulaient décider l'exilé à se rendre sous leur conduite au colloque des deux rois, qui devait avoir lieu sous quatre jours aux confins de la Touraine et de la Beauce, entre les deux bourgs de Viévy et de Fréteval (i). Il n'y avait donc pas à délibérer longuement, si l'on voulait arriver en temps utile; mais c'était la huitième fois qu'on venait remontrer à l'Archevêque combien sa présence serait utile dans ces conférences diplomatiques, et la dernière entrevue qu'il eût acceptée n'avait été qu'une mystification. Un auxiliaire puissant vint se joindre aux deux prélats ; ce fut Guillaume de Champagne, archevêque de Sens ; Thomas Becket ne savait rien lui refuser, et consentit sur ses instances à partir sans retard pour Fréteval. Ajoutons que Guillaume l'accompagnait; les sentiments bien connus de l'illustre prélat, la fermeté avec laquelle il avait jusqu'alors secondé le primat de Cantorbéry, offraient à celui-ci des garanties sérieuses, et par les
I. Viévy-le-Rayé, dans le département actuel de Loir-et-Cher, sur la route de Châteaudun à Blois et à deux lieues environ de Fréteval.
soins d'un tel médiateur il pouvait espérer quelque résultat des négociations.
Arrivé le lundi 20 juillet au lieu du rendez-vous, le primat y trouva une brillante réunion, où l'on distinguait les archevêques de Reims et de Tyi% presque tous les évêques de Normandie, celui de Poitiers, et les plus grands seigneurs vassaux de la couronne de France. Les deux rois devaient se rencontrer dans un frais vallon, que les gens du pays appelaient, on le sut plus tard, « le pré des traîtres ». L'exilé se tint à l'écart et ne voulut pas d'abord paraitre dans une assemblée à laquelle, en définitive, il n'était pas officiellement convoqué. Ses clercs purent cependant se mêler à la foule qu'attirait le spectacle et qui entourait la prairie où les rois conféraient. Les deux premiers jours se passèrent sans que le primat d'Angleterre fût mandé ; on disait, le soir du 21 juillet, que les pourparlers étaient terminés et que les deux princes allaient se séparer. Désolés de ce qu'ils considéraient comme un abandon de la part du Roi Louis, les clercs de l'Archevêque revinrent l'avertir que probablement il en serait pour la courte honte d'être venu sans être invité.
Mais Guillaume de Sens, avec Rotrou et Bernard de Saint-Saulge, avait parlé au Roi d'Angleterre, lequel d'ailleurs ne demandait qu'à traiter; les prélats avaient obtenu du prince la promesse de se conformer aux conditions dictées par le Pape, et qui reproduisaient à peu près les clauses déjà acceptées une fois à Montmartre. Sur la question du baiser de paix, Henri se retranchait obstinément derrière son serment; cependant il jurait aussi que son refus ne provenait d'aucun sentiment d'hostilité, promettant de donner le baiser cent fois pour une dès que Thomas serait