‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 179 sur 372 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

et fléchir le genou devant le Roi. Celui-ci, de son côté, mettant pied à terre, releva Thomas en lui disant avec émotion :

« Il suffit, seigneur Archevêque; renouons dès <■< maintenant notre ancienne amitié, appuyons-nous « mutuellement, et oublions tout ce qui nous a « divisés. Rendez-moi seulement honneur devant ces « gens qui nous regardent. »

Et tenant Tétrier du primat, il l'obligea à remonter à cheval ; puis tous deux se dirigèrent vers l'escorte royale ; il y avait là quelques uns des fauteurs les plus acharnés de la discorde, et Henri voulait leur fermer la bouche. En abordant le groupe des seigneurs et des prélats, il dit tout haut :

« Voici que je trouve l'Archevêque disposé à tout « bien; si dès lors je ne me montrais pas clément « envers lui, je serais le dernier des hommes; ce « serait justifier tous les mauvais bruits qu'on a semés « à mon sujet. Non il ne peut v avoir pour moi de « parti plus utile et plus honorable que de chercher « à vaincre l'Archevêque en douceur et en bienfaits. »

Ces paroles furent accueillies par des marques d'assentiment à peu près unanimes, et Thomas Becket retourna vers les siens. Mais ce n'étaient encore là que des préliminaires, que l'armistice qui permet aux belligérants de se donner la main pour se préparer à traiter de la paix.

En effet le primat vit bientôt venir à lui quelques évêques anglais, chargés par le Roi de lui demander Texposé officiel de ses réclamations. Parmi les prélats, plusieurs insistaient pour que l'Archevêque remît purement et simplement la solution des questions pendantes à la bienveillance du prince, dont les dispositions favorables venaient de se manifester si T. II. 19

clairement ; mais Thomas n'eut garde d'abandonner ainsi, dans un moment d'entrainement, les points sur lesquels il avait lutté depuis tant d'années. D'autre part, se conformant à la tactique inaugurée par le Pontife romain, il ne voulut pas parler des coutumes de Clarendon, sauf à insérer dans sa requête des clauses qui équivaudraient à leur condamnation. C'est pourquoi il confia à l'archevêque de Sens un message par lequel il demandait respectueusement la paix et la sécurité pour lui et les siens, avec la restitution des biens de l'Église primatiale, selon que les indiquait un état justificatif qui devait être mis sous les yeux du Roi par Guillaume de Champagne. Or, dans cette pièce, Thomas Becket revendiquait les fiefs de Guillaume de Ros et de Henri d'Essex avec le château de Rochester (T); il nous souvient que ces domaines avaient déjà été désignés lors du colloque de Montmartre, et nous savons quelle signification il fallait donner à de telles clauses (2). L'Archevêque demandait enlin réparation de l'injure faite à son Église par le sacre du jeune Roi accompli dans des conditions que Henri II lui-même n'osait plus approuver. En retour, il promettait au Roi d'Angletere de lui rendre tout l'honneur, de lui témoigner l'obéissance et le dévouement fidèle qu'un archevêque peut rendre et témoigner selon Dieu à son seigneur et Roi. Bien d'autres réclamations n'eussent été que justes et fondées ; mais le Pape ne les ayant pas inscrites dans ses instructions, Thomas Becket se bornait à les écarter, en évitant toutefois d'en préjuger la solution. Pour le moment il se contentait de traiter sur le terrain délimité par le Souverain Pontife, non

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