‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 181 sur 372 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Comment a-t-il consenti si brusquement et sans observations à faire droit à des revendications qu'il n'avait jamais voulu admettre jusqu'alors? Le prince était-il sincère? ou bien ses démonstrations affectueuses cachaient-elles un piège?

Ces questions se posèrent de suite à l'esprit des contemporains, et ils y répondirent de diverses manières. D'après ce que rapporte Fitzstephen, tout cela n'était que feinte, destinée à masquer une trahison, « L'on dit, écrit-il, que quelqu'un écrivit au Roi : « Pourquoi obliger l'Archevêque à demeurer hors « du royaume? Vous le tiendriez bien mieux s'il était « dedans (i) ». C'était un bruit, et pour nous c'est un écho de ce que beaucoup disaient en secret; on est obligé, d'ailleurs, de reconnaître que Henri avait déjàcherché à faire revenir le primat en Angleterre, soit en sollicitant un ordre du Pape à cet effet, soit en lui faisant donner par certains cardinaux des conseils dans ce sens. Toutefois, n'est-il pas surprenant qu'il ait attendu si longtemps et qu'il ait eu besoin du conseil d'un officieux, pour se montrer tel qu'enfin l'Archevêque pût concevoir quelque confiance et traiter avec lui ? Il convient de rappeler ici deux faits : en premier lieu, l'interdit allait être sous peu jeté sur le royaume ; en second lieu, le Pape écartait des négociations la question des coutumes. La crainte du châtiment influait certainement sur la détermination de Henri ; mais la perspective de ramener le primat en Angleterre sans avoir à renoncer aux statuts de Clarendon était de nature à le séduire : avait-il cherché autre chose pendant six années de négociations? Le fait que l'Archevêque conclurait la paix sans men-

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