‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 200 sur 372 · LE RETOUR · texte numérisé non relu

LE RETOUR

Le jour de la Toussaint, en effet, l'Archevêque de Cantorbéry dit adieu à l'abbaye de Sainte-Colombe, à la petite cellule, au petit oratoire qui avaient pendant quatre ans abrité sa pauvreté, connu tous les secrets de ses douleurs, de ses prières, de ses travaux et de ses mortifications. Il se sépara de Guillaume de Champagne, l'illustre prélat qui s'était montré toujours son allié le plus fidèle. Faisant partir devant lui Jean de Salisbury, qu'il chargeait de passer immédiatement en Angleterre, le primat se rendit auprès du Roi de France : que d'obligations n'avait-il pas au généreux prince ! Les adieux qu'il lui adressa furent donc empreints de la plus touchante affection ; Thomas ne pouvait dissimuler ses pressentiments, et au cours de la conversation il s'en exprima très clairement :

— Oui, dit-il, je vais en Angleterre pour y jouer « ma tête.

— C'est bien mon opinion, repartit vivement Louis « le Jeune. Croyez-moi, seigneur Archevêque, ne « vous mettez pas à la discrétion de votre souverain « tant qu'il n'aura pas consenti à vous donner le « baiser de paix. Demeurez avec nous; aussi long- « temps que vivra le Roi Louis, le pain ni l'or de « France ne vous manqueront pas.

— La volonté de Dieu soit faite, reprit Thomas avec émotion.

Et tous deux se séparèrent pour ne plus se revoir.

Le primat n'oublia pas l'évêque de Paris, Maurice de Sully, qui avait secondé le champion de l'Église ; et au moment où le prélat lui donnait le baiser d'adieu, Thomas lui redit encore :

« Je vais en Angleterre pour y mourir. »

Il voulut enfm revoir l'illustre abbaye de Saint- Victor à laquelle bien des souvenirs l'attachaient, et où vivaient nombre de religieux anglais, qui eux aussi avaient témoigné de leur sympathie pour la cause de l'exilé. Il fut introduit au chapitre, où devant tous les chanoines assemblés il prononça une belle homélie sur le texte du Psalmiste : Factus est in pace locus ej'us (i). Ensuite il s'entretint longtemps avec Richard de Saint-Victor, qui était alors prieur de la grande abbaye.

Le jour vint enfin où il quitta Paris, et prit la route de Rouen, car le Roi d'Angleterre lui avait donné rendez-vous dans cette ville, non pas toutefois d'une

I. Ps. Lxxv. Les Annales de V abbaye de Saint -Victor, par le P. Jean de ïhoulouse, et la Chronique du même monastère par le P. Picard, ouvrages écrits au xvii" siècle d'après les chartes de Tabbaye, donnent comme date de cette visite le 4 septembre (V. Léon Gautier, Œuvres poétiques d''Adam de Saint-Victor^ t. i, page lxxvi, note i). Mais c'est là une erreur, évidemment. Le primat n'aurait pu écrire au Pape, dans le courant d'octobre : « Credimus nos in Angliam profecturos », si dès le commencement de septembre il avait fait ses adieux au Roi de France ; or d'après le P. J. de Thoulouse la visite à Saint- Victor eut lieu lorsque le primat vint prendre congé de Louis VIL D'ailleurs le P. Picard place cette même visite en 1169, et son confrère en 1171 ; ils ont bien pu se tromper de quelques jours quant au mois, et confondre peut-être deux visites, dont l'une aurait eu lieu le 4 septembre 1169 et l'autre dans les premiers jours de novembre 11 70. En tous les cas, nous n'avons pas cru devoir, sur cette seule indication, contester les récits des biographes ni les lettres de saint Thomas, dont l'agencement nous a conduits à établir la chronologie adoptée ci-dessus.

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