CHAPITRE XVIII
« l'astucieux prélat ; consultez plutôt vos barons et « vos chevaliers. »
C'était un appel à la force à peine déguisé. Une voix s'éleva :
« Tant que vivra Thomas, il n'y aura point de paix « pour le Roi ni de tranquillité pour le royaume.
« Sire, dit alors le comte de Leicester, l'Arche- « vêque et mon père étaient amis intimes ; tenez « cependant pour certain que depuis le jour où il « s'est jeté hors de vos états comme de votre faveur, « il n'y a eu entre lui et moi aucune communica- « tion.
« Avec un pareil homme, reprend Engelger de « Bohun, que faire, sinon lui passer un bon lacet « d'osier, et le pendre haut et court?
« Il y a quelque temps, dit Guillaume de Mal- « voisin, je fus à Rome en revenant de Terre-Sainte. « Je questionnai mon hôte sur l'histoire des Papes ; « et j'appris ainsi qu'un d'eux avait été mis à mort « en punition de sa hauteur et de sa violence into- « lérable. >>
Tels étaient les conseils que Roger d'York avait provoqués ; Henri parut comprendre que ces gens là n'avanceraient pas ses affaires, et il leva la séance ; mais immédiatement il fit partir trois- seigneurs, le comte Guillaume de Mandeville, Seyer de Quincy. et Richard du Homet, connétable de Normandie, avec des instructions spéciales. Tous trois se dirigèrent vers la côte ; mais Richard seul passa le détroit, tandis que ses deux collègues demeuraient sur le littoral de la Normandie, occupés à organiser dans les ports une surveillance active. Le connétable, arrivé en Angleterre le 27 décembre, dépêcha aussitôt un exprès à Winchester, pour mander aux deux cham-
bellans du jeune Roi de se porter sans délai sur Cantorbéry avec toutes les troupes de la maison royale, mais à l'insu de Henri Court-Mantel. Simultanément des ordres étaient donnés aux garnisons des châteaux de Douvres, de Rochester, de Saltwood, et de Bletchingley, qui commandaient les approches de la ville métropolitaine et qui durent être sur-lechamp mis en état de défense; le guet y fut fait comme en temps de guerre, et les soldats demeurèrent sous les armes. Richard organisait d'ailleurs sur la côte un service de police, comme le faisaient sur l'autre rive du détroit Mandeville et Quincy.
Ces préparatifs entouraient Cantorbéry d'une triple ceinture de soldats ; ils s'achevaient à peine que les quatre conjurés de Bur arrivaient le même jour, lundi 28 décembre, et presque à la même heure, aux portes du château de Saltv^' ood ; Randolf de Broc les introduisit, et après les premières heures données à la réception, tous les cinq s'enfermèrent dans une charnbre. Ils y passèrent cette longue nuit d'hiver, éclairés seulement par le feu qu'ils entretenaient dans l'âtre, discutant et arrêtant leurs plans pour le lendemain.
Tant de mouvements et d'apprêts n'avaient pu être tenus si secrets qu'il n'en transpirât quelque chose, et c'était évidemment le motif qui excitait toutes les craintes du vieux comte de Cornouailles. Un soldat rencontrant un des cellériers de Christchurch, lui dit que l'Archevêque ne verrait pas le mardi soir; le religieux alla en hâte rapporter ce propos à Thomas ; et vers le coucher du soleil, un bourgeois de Cantorbéry fit savoir que les conjurés étaient arrivés en Angleterre.
Mais tandis que les quatre chevaliers complotaient