‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 258 sur 372 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

ville s'en expliqua lui-même, quelques jours plus tard, avec les moines de Cantorbéry (i): « Si j'avais trouvé « le primat, dit-il, je lui aurais fait entendre de sé- « vères paroles au sujet des offenses commises par « lui contre la majesté royale; s'il avait acquiescé aux « conditions qui lui étaient posées, la paix se serait « faite ; mais dans le cas où il aurait eu l'audace de « s'obstiner, soyez bien certains que j'aurais dû l'obli- « ger à céder. » Le caractère vague de ces derniers mots ne nous permet pas de deviner s'il s'agissait d'un jugement en forme ou de la prison '■< à la merci « du Roi » ; mais on n'oblige pas un homme à céder en lui tranchant la tête, et le tidèle Edouard Grim a compris comme nous la tactique du Roi, qui, dit-il, « a été connue plus tard : elle consistait à forcer « l'Archevêque à revenir sur ses résolutions soit par « la prison soit par quelque autre moyen, » mais non point à porter le coup de mort.

Rappelons nous enfin quelle a été la paix de Fréteval: Henri l'a acceptée parce qu'elle ne touchait pas aux coutumes, et que dès lors il pouvait poursui\'re l'exécution de son plan, c'est-à-dire constituer dans son royaume une Église esclave, gouvernée par un primat chargé de chaînes ; et plus grand serait le prestige de ce chef, plus certaine serait la réussite du projet dès longtemps cher au Roi ; or nul archevêque ne pouvait être entouré d'une considération plus universelle que Thomas Becket : comment le Roi eût-il voulu le faire disparaître ? Ainsi de la bouche des officiers auxquels Henri II avait donné ses instructions, de celle des témoins les plus autorisés, de l'ensemble même des actes du Roi pendant sept ans et plus, nous pou-

Page 1