I. Guill. Cant. Materials, t. i, pag
4l8 SAINT THOMAS DE CANTORBÉRY
vons conclure avec certitude qu'en effet le prince n'avait pas voulu ni ordonné le meurtre de l'Archevêque (i).
Est-ce à dire qu'il soit complètement innocent de ce crime ? 11 s'en faut de beaucoup; nous constatons seulement que sur ce point le serment d'Avranches n'était pas un parjure. Mais si les deux cardinaux légats eussent cru le Roi déchargé de toute responsabilité, pourquoi lui eussent-ils imposé une expiation rigoureuse ? Non, Henri II ne pouvait se flatter d'être innocent, et il se reconnaissait coupable, Guillaume de Champagne nous l'affirme (2). L'homme qui durant des années a pris plaisir à amasser derrière un frêle barrage des eaux bouillonnantes et sans cesse grossies sera-t-il sans reproche, le jour où un incident vulgaire et prévu donnera passage au torrent? Tel Henri Plantagenet, qui depuis de longues années n"a cessé d'attiser par ses paroles et ses exemples les rancunes et les passions soulevées contre l'Archevêque. Ne devait-il pas savoir que sa volonté seule arrêtait le bras de ses gens, mais qu'avec les années et les péripéties de la lutte, le nombre des ennemis du primat s'augmentait en même temps que leur audace? Il savait de même ne pas pouvoir répondre de sa colère, qui se faisait jour fréquemment et avec une violence peu commune ; comment n'aurait-il pas prévu le cas où des paroles lui échapperaient qui lâcheraient, même contre son gré, la bride aux passions homicides? Ces paroles, ne les avait-il pas déjà prononcées? En
1. Il n'est pas sans intérêt de remarquer qu'Alexandre III envisage la possibilité du plan qui aurait consisté à jeter rArchevêque en prison ; il en est plusieurs fois fait mentien dans les lettres envoyées par le Pape au sujet des absolutions à donner aux divers complices du crime.