‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 274 sur 372 · CHAPITRE XXH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXH

souffert et lutté avec lui, se réjouissaient d'un pareil triomphe, mais non sans laisser échapper quelques paroles de regrets. La voix de l'Église en effet se taisait encore ; les peuples en foule acclamaient le martyr, mais le Docteur suprême ne se prononçait pas, et les honneurs du cuite ecclésiastique ne pouvaient être décernés à celui que le Seigneur avait pourtant fait si grand cians les cieux. Un an ne s'était pas écoulé depuis que Thomas était tombé sous le fer des assassins, et déjcà de tous côtés se manifestait l'impatience de le voir canoniser, tant était grand le nombre des prodiges obtenus par son intercession. Jean de Salisbury en écrivait à l'archevêque de Sens et à l'évêque de Poitiers ; il fût parti lui-même pour la cour pontificale s'il eût été possible de s'embarquer sans un passeport que Jean était bien assuré de ne point obtenir. Herbert, qui ne pouvait pour des raisons analogues rentrer en Angleterre, adressait directement au Saint- Père une dissertation en forme, à l'effet de démontrer que tous les éléments requis pour une canonisation étaient réunis en ce qui concernait Thomas Becket. De nombreux archevêques et évêques faisaient également instance pour obtenir d'Alexandre III la déclaration officielle qui permettrait d'offrir enfin au grand martyr le tribut d'hommage et de reconnaissance de l'Église militante. Mais le Pape voulut plus de garanties, et chargea ses deux légats, les cardinaux Albert et Théodv/in, qui se trouvaient encore en Normandie, de faire une enquête propre à fournir des documents précis et certains. L'enquête eut lieu, et les résultats en furent si concluants qu'Alexandre n'hésita plus.

Le mercredi des Cendres, 21 février 1173, dans la cathédrale de Segni, en présence du Sacré Collège et d'un grand nombre de clercs et de laïques, le Pontife

romain canonisa solennellement Thomas Becket, le déclarant inscrit désormais au catalogue des saints martyrs. Le 12 mars il donna la bulle Rcdoict Anglia^ qu'il adressait au clergé et au peuple d'Angleterre, et dans laquelle étaient relevés tous les titres de saint Thomas aux honneurs du culte public ; le Pape rappelait non seulement le dernier combat qui avait assuré la palme au glorieux athlète du Christ, mais aussi les travaux et les douleurs sans nombre supportés pendant de longues années avec une constance invincible.

Alexandre III complétâmes enseignements et les dispositions de la bulle par d'autres documents, adressés à divers prélats et à diverses Églises, par exemple aux moines du chapitre cathédral de Cantorbéry. Ceuxci avaient député vers le Pape un messager, qui se rendait à la cour pontificale à travers mille difficultés précisément au moment où était prononcée la sentence qu'il allait solliciter (i). Il se croisa donc en route avec une Lettre apostolique par laquelle le Souverain Pontife notifiait aux religieux la canonisation de leur illustre Archevêque dont le siège était encore vacant, et de plus orcionnait de célébrer dans toute l'Angleterre la fête de saint Thomas le Martyr chaque année le 29 décembre ; Alexandre III prescrivait en même temps l'élévation et la translation des reliques ; mais ce complément de la canonisation devait se faire longtemps attendre. A l'archevêque d'Aversa, le Pape écrivait pour donner les mêmes instructions, montrant ainsi qu'il entendait bien étendre à l'Église universelle la solennité annuelle de l'illustre pontife de Cantorbéry, dont les combats et les mi-

j. Guill. Cant. Materials, t. i, pag. 321.

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