‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 273 sur 372 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

extraordinaires qui semblaient destinés à ébranler le cœur du Roi, jusque là sourd aux remords (i\.

Un jeune homme, appelé Guy, ayant été accusé d'un meurtre dont il était en réalité bien innocent, fut interné, les fers aux mains, dans la ville de Stafford. Un pèlerin de Cantorbéry vint à passer par ce lieu, portant au cou l'ampoule déjà connue de toute l'Angleterre, quoique le martyre de Thomas Becket ne remontât pas à une année entière. Guy demanda au pèlerin quelques gouttes de l'eau sanctifiée contenue dans l'ampoule ; et à peine les eut-il bues qu'il vit tomber ses chaînes. On les lui remit, mais elles se rompirent, et le fait se renouvela jusqu'à trois fois, en dernier lieu dans certaine église au pied de l'autel. Le prêtre qui fut témoin de ce prodige ramassa les fers qu'il suspendit au mur du sanctuaire, mais la police royale voulait avoir le dernier mot. Le jeune homme fut donc appréhendé de nouveau, jeté dans un cachot, et lié par le milieu du corps avec une chaîne scellée dans un bloc de pierre; or, pendant qu'il reposait, il entendit à trois reprises différentes une voix qui disait : ''•< Réveille-toi, invoque Thomas pour qu'il « intercède en ta faveur. > En ouvrant les yeux le prisonnier se recommanda en effet au grand martyr, et vit soudain la chaîne tomber à ses pieds ; à ce coup le geôlier le crut sorcier. On fit de tout cela un rapport au Roi, qui en passant par la ville cita le jeune homme en sa présence.

— Ce sont tes maléfices, dit-il, qui font ainsi « rompre les chaînes.

I. Le fait que nous allons raconter se rapporte à Tannée 1171, d"après Guillaume de Cantorbér}' (pag. 276) ; car il eut lieu « dans le même temps » qu'un autre miracle, relaté auparavant, et dont la date est le mois de septembre 11 71.

— Seigneur, répondit le prisonnier, de maléfices « il n'y en a point en cela, mais seulement de grands « bienfaits du bienheureux Thomas.

— Si Thomas l'a délivré, reprit alors le Roi, qu'on « ne l'inquiète plus et qu'il aille en paix ».

Un fait aussi frappant fut peut-être pour quelque chose dans la soumission, si incomplète qu'elle pût être, à laquelle Henri II se résolut l'année suivante ; mais tant de miracles, de prodiges de toutes sortes, ne désarmaient pas tous ceux qui avaient combattu naguère l'Archevêque de Cantorbéry. L'histoire nous l'a déjà dit, le chroniqueur monastique nous le répète, en constatant que le martyr rencontrait encore bien des contradicteurs, bien des faux frères acharnés à dénaturer ses œuvres merveilleuses (i). Le céleste triomphateur n'en poursuivait pas moins sa victoire, multipliant les prodiges, répandant les bénédictions les plus variées sur tous les points de l'occident. Les contradictions mêmes n'étaient que l'occasion de nouveaux miracles, pour punir ou pour convertir; et d'ailleurs elles n'ont, comme toujours, pas eu d'autre résultat que de rendre plus certains aux yeux de la postérité les prodiges qui remuaient la masse du peuple et l'entraînaient vers le martyr. Ni les violences des frères de Broc, ni l'espionnage organisé par les shérifs, ni l'abstention et la froideur du Roi, ni les explications niaises des prétendus sages, ne purent entraver ce courant, qui grossissait avec une rapidité jusque là inconnue, emportant tous les obstacles, franchissant toutes les digues, pour couvrir enfin l'occident tout entier,

Les amis du grand Archevêque, ceux qui avaient

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