CHAPITRE XXIV
cieux enrichirent le trésor de Tabbaye de Saint-Bertin. Le sacristain de Sainte-Trinité paraît avoir été assez généreux (i), et on trouve dès les premières années des reliques non seulement au trésor des cathédrales et des monastères, mais même dans la maison des laïques. L'eau dans laquelle on les trempait à l'occasion opérait aussi des miracles qui redoublaient partout le désir d'en posséder. Un chevalier anglais en avait fait enchâsser une dans le chaton de sa bague; mais un jour il perdit ce riche anneau. Pour le retrouver, il voua, selon la coutume, six pièces d'argent qu'il mit à part dans une bourse, et partit pour Cantorbéry : arrivé à la crypte, et après avoir fait ses dévotions au saint tombeau, il ouvrit sa bourse pour remettre aux moines qui veillaient là les six pièces de monnaie ; mais à sa grande surprise il y trouva de plus l'anneau, que saint Thomas lui rendait avec le précieux dépôt qu'il renfermait 121. Cependant le martyr témoigna dans certaines occasions qu'il n'agréait pas la dévotion trop familière qui exposait ses reliques aux hasards de la vie quotidienne chez les séculiers. L'archidiacre d'Arras, nommé Clérembaud^ en avait obtenu et les conservait chez lui dans un petit meuble; mais au bout de quelque temps, le serviteur qui était chargé de veiller sur le trésor enten-
qu'on leur confiait, le voyant d'ailleurs couvert de larges taches dont elles ignoraient la nature, elles crurent bien faire en le lavant avec soin. Leur regret fut grand lorsqu'elles apprirent que ces taches étaient les traces mêmes du sang de saint Thomas. La précieuse relique revint à Dommartin et y demeura jusqu'à la Révolution. Le dernier abbé, dom Ghislain Oblin, put la soustraire au pillage de l'abbaye et ne s'en sépara pas durant les années de sa vie errante. Agrégé plus tard au chapitre d'Arras, il mourut en 1824, en faisant don du rochet de saint Thomas au trésor de la cathédrale c^ui le possède actuellement (V. Revue de l'Art chrétien, année 1859, pag. 144 et suiv.).