CHAPITRE XXV
LA CHASSE DE SAINT THOMAS (xiif-xvf Siècles.)
Tandis que se produisaient de tous côtés les dé- ■monstrations de piété qui confondaient grands et petits dans un même élan de reconnaissance envers saint Thomas, les travaux de reconstruction de la primatiale avaient marché; en 1184 ils étaient assez avancés pour qu'on pût songer à l'élévation solennelle des reliques ; mais le mouvement occasionné par la seconde croisade, que Richard Cœur-de-Lion dirigeait avec Philippe-Auguste, puis les troubles qui agitèrent le règne de Jean Sans-Terre et l'exil momentané du primat Etienne Eangton, ne permirent pas de procéder à la cérémonie ; car il fallait lui donner un éclat proportionné à la dévotion que les peuples témoignaient envers saint Thomas. Le calme étant revenu, l'Archevêque de Cantorbéry ayant repris possession de son siège, on put prévoir enfin le jour où il serait possible de rendre au corps saint le complément d'honneurs que lui avait décerné le Pape Alexandre III. La châsse qui devait le renfermer fut achevée, enrichie qu'elle était par les dons des fidèles, qui depuis quarante ans et plus n'avaient cessé d'apporter leurs offrandes.
L'Archevêque Etienne Langton fixa donc la date de la cérémonie au 7 juillet de l'année 1220. Deux ans
auparavant il fit publier partout l'annonce de la translation et prit les mesures matérielles rendues nécessaires par le concours de pèlerins qui ne manquerait pas de se produire à cette occasion ; aussi de ses domaines et de ses manoirs les provisions de toutes sortes commencèrent-elles à affluer aux celliers du palais. Dans tout l'occident la nouvelle circula et se répandit promptement jusqu'aux frontières de la chrétienté. Le Pape Honorius 111 voulut lui-même ajouter à la joie universelle par une bulle, datée du Latran, 23 janvier 1220, et adressée aux fidèles d'Angleterre (i) : «'Chante au Seigneur un cantique nou- « veau, heureuse Église de Cantorbéry, dont l'autel « est empourpré par le sang de Thomas le Martyr. » Ainsi parlait le Pontife Souverain ; et il exhortait ses fils d'outre-mer à purifier d'avance leur cœur, à faire taire toutes les inimitiés, pour former au bienheureux thaumaturge un cortège digne de lui. Nombre d'archevêques et d'évêques demandèrent des indulgences en faveur de leurs diocésains qui se rendraient à Cantorbéry pour la fête ou pendant les quinze jours suivants; et le Pape fit droit à cette requête, en remettant quarante jours de leur peine aux fidèles qui rempliraient ces conditions.
A l'approche du jour fixé, le cardinal primat d'Angleterre et les moines de Cantorbéry se préparèrent par le jeûne et la prière à la solennité de la translation (2). Le 27 juin 1220, la nuit tombée, Etienne Langton, accompagné de Richard, évêque de Salis-
1. Rex cœlcstis, Doniinus Angelonim [Materials, t. vu, pag. 582).
2. V. le récit de la Translation fait par un religieux d'Evesham, peu après la solennité, ainsi (ju'il paraît d'après le contexte. [Materials, t. iv, page 426). Cette narration est extrêmement importante, puisqu'elle constitue le seul document contemporain relatif à cet événement, et il s'y rencontre plusieurs indications que nous aurons à utiliser.