‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 304 sur 372 · CHAPITRE XXV jjS I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV jjS I

l)urv, et des religieux de Sainte-Trinité, entra dans la crypte oi^i il pria quelque temps: puis on ouvrit le tombeau du martyr. A la lueur des torches, les ossements du saint apparurent aux yeux de tous dans la même position qu'au jour des funérailles; les vêtements pontificaux étaient en partie détruits par l'action du temps, mais les insignes épiscopaux étaient tous ià, notamment le bâton pastoral en bois de poirier à volute de corne noire. L'émotion était vive chez tous les témoins de cette scène imposante ; Etienne Langton vovait de ses yeux le corps de ce bienheureux martvr, de ce grand Archevêque dont il avait retrouvé les traces en parcourant lui aussi les chemins de l'exil. C'était donc de ces ossements sacrés que tant de vertus étaient sorties depuis un demi siècle ! Un saint respect avait saisi tous les assistants; la psalmodie résonna de nouveau sous les voûtes de la crvpte, ■et à la clarté vacillante des torches de cire groupées autour du sarcophage, plusieurs moines désignés d'avance commencèrent à relever les reliques qu'ils déposèrent successivement entre les mains du cardinal Archevêque; celui-ci à son tour les couchait dans la châsse disposée près du tombeau, ne réservant des os •que quelques petits fragments, destinés aux Églises -ou aux grands personnages envers lesquels il se trouverait redevable pour l'honneur du martyr (i); un •coffre de fer, disposé à l'intérieur du reliquaire, reçut ainsi le saint corps entier, puis on le ferma au moven ■de solides boulons. Les religieux transportèrent alors la châsse dans un endroit secret, sans le sortir de la crypte néanmoins; et le précieux trésor fut soigneuse-

I. Ces détails sont à noter; nous avons traduit textuellement les paroles du chroniqueur, et nous nous y référons dans la note D, à l'Appendice.

ment gardé jusqu'au jour fixé pour la solennité publique.

Au dehors les pèlerins commençaient à affluer de toutes parts, et la ville se trouvant trop petite pour fournir à tous des logements, ils allaient en grand nombre prendre gîte dans les villages environnants. L'aurore du 7 juillet parut entln; dès le matin on vit les dévots étrangers se porter vers Cantorbéry par tous les chemins, à pied, à cheval, en charriots, par files interminables, tandis que les joyeuses volées des cloches répandaient au loin l'allégresse. Sur la route de Londres le cardinal primat défravait les pèlerins de toutes dépenses pour leurs montures, et sur plusieurs points de la ville métropolitaine des fontaines de vin coulaient également à ses dépens. Cantorbéry regorgea bientôt d'une foule immense, parmi laquelle circulaient les récits des nouveaux miracles accomplis par le saint. Lhi pèlerin qui arrivait par la route de Londres avait, racontait-on, rencontré le matin même un charriot sur un pont, et en voulant se garer il était tombé dans la rivière ( i) ; mais aussitôt il avait invoqué saint Thomas. Cinq fois il avait disparu sous l'eau, et cinq fois il était revenu à la surface, puis s'était trouvé sur la berge sans savoir comment et sans qu'une goutte d'eau eût pénétré dans sa bouche. Et ce n'est pas le courant qui l'a ramené au bord, ajoutait-on; car un autre pèlerin qui l'accompagnait a laissé choir son

I. Le livre des M!i\7i-It\s de Guillaume de Cantorbéry contient plusieurs récits c[ui montrent en effet que les ponts étaient généralement fort étroits, mal entretenus, et le plus souvent construits d'après la méthode la plus sommaire, au temps de Henri II ; par l'anecdote que rapporte le moine d'Kvesham nous voyons qu'il en était encore tout de même après les règnes de Richard Cœur-de-Lion et de Jean Sans-Terre, qui tous deux avaient eu comme leur père bien d'autres soucis que celui d'améliorer les voies de communication.

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