CHAPITRE XXVI
RUINES ET RESTAURATION (xvf-xix^ Siècles)
Le xvi' siècle s'ouvrit pour l'Angleterre avec un nouveau règne ; Henri VIII Tudor montait sur le trône à dix-huit ans (1509J, et dans cette circonstance comme dans plusieurs traits caractéristiques du jeune prince, l'historien ne peut se défendre de remarquer une étrange similitude avec l'histoire et le caractère de Henri II ; mêmes passions chez l'un et l'autre et même génie politique. Auprès du Roi Plantagenet un grand ministre ; autour de lui une cour agitée d'intrigues, un épiscopat servile, et plus tard en face de lui le grand Archevêque de Cantorbéry. Auprès de Henri Tudor un ministre aussi brillant et aussi puissant que jadis Thomas Becket, homme d'Église également et bientôt archevêque d'York ; mêmes intrigues et même servilité de l'épiscopat ; mêmes débuts heureux pour les deux règnes ; mêmes agitations et mêmes querelles dans la seconde moitié ; mais hélas on ne peut dire mêmes combats. Ici en effet commencent les dissemblances : Henri Tudor poussera jusqu'à l'extrême les prétentions royales inscrites dans la charte de Clarendon, développées et affirmées pendant des siècles, et finalement codifiées dans le statut de Prœmunire \ mais son ministre ne cherchera point à l'arrêter. Un évêque et un chancelier d'Angleterre donneront leur
tête pour affirmer la vérité ; rhonneur de Dieu sera sauf et l'Église inscrira au nombre des martyrs Jean Fischer et Thomas More ; mais le chef de l'épiscopat anglais, l'odieux Cranmer, donnera le signal de la défection ; et suivi par tous ses frères il précipitera son peuple dans le schisme, puis dans l'hérésie ; le premier ministre, cardinal Wolsey, après de tristes complicités, tombera tristement sans avoir combattu ; alors le Roi établira au profit de la couronne cette suprématie désormais sans contrôle que Henri II n'avait pu que décréter et qui n'a qu'un nom : le despotisme. Tel était le résultat prévu plus de trois cents ans à l'avance par Thomas Becket, lorsqu'il écrivait : <' Le Roi léguera de tels privilèges à ses descen- « dants, auxquels nul ne pourra les arracher. Et puis « d'autres rois viendront extorquer de gré ou de force « des privilèges semblables, jusqu'à ce qu'enfin la « liberté de l'Église périsse entièrement, et avec elle « le pouvoir et la juridiction des évéques. Alors il « n'y aura plus personne pour s'opposer aux tyrans. « Ils ont concentré aujourd'hui tous leurs efforts con- « tre l'Église de Dieu et ses ministres ; ils ne se las- « seront pas que le niveau de V esclavage n'ait passe « là connue sur tout le reste de l'Etat » (i).
Notre tâche n'est point de rapporter ici dans tou>s ses détails la marche suivie par le Roi Henri \^1II pour consommer une telle révolution (2), mais il nous faut en préciser le caractère et montrer quelle place y tint le martyr de Cantorbéry, car en fait son