‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 313 sur 372 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

nom domina cette période lamentable. Henri Tudor était pourtant venu s'agenouiller à côté de Charles- Quint devant la châsse de saint Thomas (1520) (i) ; mais ce devait être là le dernier rayon de gloire humaine pour la basilique primatiale.

Cinq ans ne s'étaient pas écoulés que le cardinal Wolsey engageait son maître dans la voie qui devait mener aux abîmes l'Église d'Angleterre, et pour faciliter l'accomplissement des plans de sa politique, mettait en avant l'idée de rompre le mariage du prince avec la sainte reine Catherine d'Aragon. Henri n'avait déjà que trop dévié du droit chemin ; ses passions ne demandaient qu'à briser les derniers freins, et l'on sait après quelles péripéties fut réalisé le divorce. En vain le Roi chercha-t-il à le colorer en r.rguant d'un vice qui aurait rendu incestueuse son union avec Catherine : il y avait vingt ans que la question était résolue dans un sens opposé par la décision du Pontife romain. Le Pape refusait de se déjuger, nulle démarche ne réussissait à obtenir de lui une sentence qui annulât un mariage licite : qu'allait faire Henri Tudor, bien résolu qu'il était à renvoyer une princesse dont à coup sûr il n'était pas digne ? Pour se couvrir aux yeux de l'Europe des dehors vertueux qu'il affichait depuis des années, pour n'être pas contraint à avouer ses passions coupables, il fallait à tout prix une sanction religieuse au scandale du divorce : où la trouver ? Le Roi prit le parti de ne la chercher que dans sa propre autorité. Songeait-il qu'il allait ainsi parfaire l'œuvre entreprise depuis

I. Henri avait trente ans, et Charles venait d'être élu Empereur; il était plus jeune encore que le Roi d'Angleterre [Annales des choses plus nicmorahles arr. en Angleterre sous les règnes de Henri VIII, Edojiard VI et Marie, par François Godwin, év. anglican de Hereford, trad. par le sieur de Loigny, Paris, mdcxlvii).

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des siècles par les rois normands et déterminée dans ses lignes principales par Henri 11 ?" Non. probablement; mais il suivait le courant séculaire, et l'Eglise d'Angleterre était mûre pour la servitude.

Par un des contre-coups si fréquents en politique, le divorce et le prétendu mariage du Roi avec Anne Boleyn avaient ruiné le crédit du cardinal A\'olsey, premier instigateur de la fatale démarche. En 1531 et iSi2 le Roi tenta un coup d'audace pour intimider les évêques: d'une part il défendit à tous ses sujets de communiquer avec le Pape; d'autre part, il déclara le clergé coupable ' d'avoir contrevenu au statut de Vrœmuuire en obéissant au cardinal ^^''olsev en sa qualité de légat. Si les prélats eussent témoigné alors quelque fermeté, Henri Tudor se fût trouvé fort embarrassé pour donner une sanction à son jugement, follement porté contre tous les prélats en masse. >Iais ni Warham, Archevêque de Cantorbéry, ni le nouvel archevêque d'York, n'étaient de ceux par qui le salut peut venir pour Israël : ils ne trouvèrent d'autre réponse à faire que d'offrir de l'argent au Roi qui l'accepta. Désormais il se voyait libre d'agir, et démasquant sa pensée, il exigea de tout son royaume un serment qui le reconnût « chef de l'Église » dans ses états. Warham en mourut de douleur et Anne Bolevn le fit remplacer par Cranmer.

L'Église d'Angleterre n'existait plus, ou du moins elle n'était plus qu'un cadavre. Pour elle. Henri VIII réédita tout aussitôt la législation de Clarendon, qui se retrouva presque textuellement dans les ordonnances de 1534; et pendant ce temps, le « serment « de suprématie » était prêté de toutes parts entre les mains de commissaires délégués à cet effet. Évêques^ abbés, religieux, clercs et laïques, souscrivaient à

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