‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 314 sur 372 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

une prétention si monstrueuse, la plupart d'entre eux, il faut le dire, ne voulant croire chez le Roi qu'à un accès de colère qui sans doute se calmerait. Ainsi raisonnaient au xii' siècle les Templiers et les prélats qui donnaient de si prudents avis à saint Thomas Becket. L'évoque de Rochester et le Chancelier d'Angleterre avec plusieurs chartreux de Londres et d'autres mart3^rs encore, en donnant leur sang et leur vie, réussirent du moins à ouvrir les yeux d'un grand nombre ; bien des serments imprudemment prêtés furent rétractés, et la longue série des glorieux sacrifices s'ouvrit pour se continuer pendant plus d'un siècle ; celle des sacrilèges folies du Roi ne faisait non plus que commencer.

Tandis que dans la cour de la Tour de Londres réchafaud, et à Tyburn la potence et le bûcher, se dressaient en permanence, Henri Tudor descendait la pente fatale sur laquelle il s'était lancé. La guerre contre les vivants et les morts se poursuivait de tous côtés, pour affirmer et consolider « la suprématie » royale. Les ordres religieux, qu'un des complices du prince appelait « la Garde noire », furent spécialement désignés aux coups de ses exécuteurs, et alors tombèrent successivement ces innombrables monastères qui faisaient la gloire de l'Angleterre et le bonheur de ses peuples. Trois seulement demeurèrent debout pour quelques années, pendant que les dépouilles monastiques enrichissaient beaucoup moins le Roi que la noblesse, peuplée alors de parvenus, et la troupe de gens sans aveu qui se groupaient sous les ordres de lord Thomas Cromwell. Fils d'un simple artisan, cet homme était devenu le secrétaire du souverain, ou pour mieux dire son premier ministre ; Henri en fit son « Vicaire général pour les affaires

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» d'Église »; par son intUience, un moment coalisée avec celle de Cranmer, l'hérésie fit irruption dans l'enseignement officiel de la hiérarchie ecclésiastique, pendant que le Roi forçait successivement quatre femmes à mettre leur main dans sa main sanglante. La débauche avec ses fureurs, l'avarice avec sa rage insatiable, s'unissaient contre l'Église ; et l'hérésie ne s'implantait que pour satisfaire à la fois les deux passions qui dictaient des lois à l'Angleterre. Cranmer prêchait l'inanité de la prière pour les morts afin de permettre à Cromw^ell de saisir au profit du Trésor l'argent des fondations pieuses. Concurremment le « Vicaire général » démolissait les monastères pour mettre leurs possessions au pillage, et menait le Roi à la guerre contre les saints dont les miracles avaient provoqué la générosité des fidèles. En 1538, des instructions royales, envoyées dans les divers comtés d'Angleterre, ordonnèrent la destruction des châsses que les âges de foi s'étaient plu à enrichir; et l'on devait remettre au Roi non seulement l'or et les joyaux des reliquaires, mais aussi tout ce qui en dépendait. A parler franc, c'était la spoliation complète du trésor des abbayes et des cathédrales que Henri VIII décrétait ainsi.

La sinistre et sacrilège campagne s'ouvrit et se poursuivit sans résistances. Troublé dans sa foi par le silence de ses pasteurs, qui voyaient sans mot dire tomber plus de six cents monastères ; terrorisé par la tyrannie d'un pouvoir dès longtemps absolu, le peuple assista muet aux excès des agents du Roi. Mais il fallut souvent faire venir de Londres des gens de sac et de corde pour porter la main sur les églises |~ et les reliquaires, la population d'alentour se refusant obstinément à pareille besogne ; il arriva même

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