‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 326 sur 372 · Loc. cit. pag · texte numérisé non relu

Loc. cit. pag

Roger d'York, non plus qu'aucun autre prélat de la Grande-Bretagne, ne prétendait le nier en thèse générale; ils arguaient seulement d'une autorisation accordée par le Souverain Pontife (i) ; donc à défaut de cette permission spéciale ils n'eussent pas contredit aux prétentions du primat. En résumé, Alexandre III pouvait très légitimement afiîrmer que le sacre et le couronnement des rois étaient de droit dévolus à l'Archevêque de Cantorbéry. Eugène III n'avait pas agi autrement à l'égard du primat Thibaut, dans les conjonctures les plus décisives (t. i, pages =18-39).

Quoi qu'il en fût, du reste, de ce droit, une autre question, bien plus grave, primait celle de la tradition ; nous voulons dire qu'en présence d'une défense expresse portée par le Pontife romain, tout autre prélat que l'Archevêque de Cantorbéry devait se refuser à sacrer Henri Court-Mantel.

II. — Mais l'archevêque d'York eut-il connaissance de cette prohibition? N'avait-il pas entre les mains, comme il le disait, un document pontifical en vertu duquel il pouvait agir?

Quant à ce dernier point, nous devons répéter ce que Thomas Becket lui-même disait au Roi Henri, à Fréteval (2). Il était vrai qu'un jour le prince avait obtenu du Pape Alexandre des lettres qui lui permettaient de faire couronner son héritier par un autre prélat que l'Archevêque de Cantorbéry, et nous les retrouvons aujourd'hui encore dans la collection des Materials (3). Ce docu-

1. Thom. Cantuar. ad Ale.xand. Pap. ep : « Testatur vir » [IbiJ., pag. 294).

2. Ibid., page 331, ep : « Miserationis oculo » sup. cit. — Ci-dessus, pag. 286).

3. T. VI, pag. 206, ep : « Quanto per carissimum ». Le caractère impersonnel de cette lettre est très frappant. « Quoniam hoc ad officium tuum pertinet », voilà tout ce que dit le Pape. A qui? Le titre indique Roger d'York ; mais ce titre ne peut être authentique. En efïet si la lettre est de Tannée 1167, comme les Materials le disent d'après Bœhmer, il faut admettre que le Pape ait déclaré le 17 juin 1167 précisément le contraire de ce qu'il déclarait en termes exprès le 5 avril [166, en écrivant au même prélat. Il est plus facile de supposer un titre ajouté après coup qu'une telle palinodie de la part du Pontife romain. Que si la lettre est antérieure à l'année 1166, il y a toute probabilité pour qu'elle soit précisément celle dont Thomas Becket parlait au Roi. Encore une fois le caractère absolument général de ce document semble prouver en effet qu'il pouvait être remis entre les mains d'un prélat cjuelconque ; et il faut remarquer de plus c|ue les manuscrits le donnent la plupart du temps sans date ; ce qui concourt à fortifier notre opinion. Celle que les Materials donnent d'après

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ment, qui a fourni matière à beaucoup de dissertations parce qu'il semble contredire d'autres lettres du même Pape, nous est expliqué par un témoin singulièrement autorisé. Thomas Becket rappelait à Henri II qu'il avait sollicité ce privilège au moment où le siège de Cantorbéry était vacant, par suite du décès de rArchevèque Thibaut ; c'était donc par l'entremise du Chancelier lui-même que cette négociation avait été conduite, et les souvenirs de Thomas étaient à ce sujet aussi précis que possible. Le but spécial de cette démarche avait été, représentait-il, d'exclure précisément l'archevêque d'York, Roger de Pont-l'Evêque ; car alors le Roi prJiérait, assurait-il, « voir tomber la tête de son fils « plutôt que de laisser se poser sur elle les mains hérétiques » du métropolitain du Nord. Tel était le document dont prétendaient s'autoriser le Roi et Roger devenu son complice.

Au reste, quel qu'il pût être, il était annulé par la défense intimée ultérieurement par le Pape; et c'est là le point le plus important à établir. L'archevêque d'York, les évêques d'Angleterre, ■eurent-ils connaissance de cette défense? Nous l'affirmons.

Thomas Becket, pour sa part, était persuadé que les dernières Lettres du Pape avaient été remises à ceux qu'elles concernaient; on retrouve plusieurs fois cette affirmation dans sa correspondance. Par le fait, il semble très difficile que ni les copies expédiées directement à l'archevêque d'York, ni celles qui avaient été adressées aux évêques de Winchester et de Worcester, n'aient été connues en Angleterre. Mais nous avons mieux que des probabilités.

Nous citons au cours de notre récit la lettre adressée à saint Thomas par un de ses amis (i) ; elle affirme que les Lettres apostoliques ont passé la mer, et qu'elles ont été remises entre les mains -de Roger, mais que celui-ci les tient secrètes (2).

Bœhmer est assez singulière, et l'on aimerait savoir où cet auteur l'a trouvée ; c'est peut-être la seule lettre datée « de Rome à Sainte-Mariela-Neuve. »

1. Ep : « Rex prima Dominica die » (Matcriaïs, t. vn, pag. 309). Pour le remarquer en passant, cet ami était un normand, résidant en Normandie. Ainsi de ce côté du détroit l'on connaissait l'existence des Lettres apostoliques et le fait de leur envoi en Angleterre.

2. Par une singulière méprise, il se trouve que ce texte a été cité par certains auteurs précisément pour alléger la responsabilité de l'archevêque d'York ; car, dit-on, il est certain qu'un paquet de lettres a été perdu. Or voici le texte : « Litterae domini papaî super prohibitione consecrationis hujus diu est quod mare transierunt ; sed inutiles prorsus effectae, in manibus illius cui tradita sunt perierunt, nec alicui

Produisons maintenant un témoin des plus considérables, qui \

n'est autre que Fitzstephen (i). Or il importe de rappeler ici que ' ce biographe, si exact à l'ordinaire, se trouvait précisément en Angleterre lors du couronnement. Il affirme de la manière la

plus précise que l'archevêque d'York reçut les Lettres apostoliques i le samedi 13 juin, la veille même de la cérémonie, et qu'il n'en tint nul compte.

Herbert de Bosham vient confirmer l'assertion de Fitzstephen (2).

11 déclare que plusieurs évéques reçurent copie de ces mêmes 1 documents, et que d'autres, prévenus par le Roi et agissant d'après

son ordre (3), refusèrent les exemplaires qui leur étaient adressés. i

Les deux biographes ne se copient pas, on le voit, et néanmoins se 1

corroborent mutuellement. [

Terminons par une remarque importante, qui vient à l'appui \

du récit de Herbert : Henri II ne paraît pas même avoir songé à ' nier l'existence des dernières Lettres apostoliques, lorsque Thomas

Becket lui fit observer qu'elles annulaient l'acte pontifical en vertu ! duquel le Roi se prétendait libre d'agir. Il n'eut pas un mot de surprise, rien qui trahît l'étonnement ; évidemment il avait eu

lui-même connaissance de ces Lettres, ainsi que nous l'a fait ;

entendre Herbert. ]

A rencontre de ces témoignages qui nous paraissent irrécusables,, |

que trouvons-nous pour disculper l'archevêque d'York? Ceux qui j écrivirent en sa faveur n'osèrent rien dire au sujet de la remise des

Lettres apostoliques, et ce silence est déjà éloquent, mais contre i

l'accusé. Seul Arnulf de Lisieux, l'avocat de toutes les mauvaises |

causes, s'est hasardé à effleurer ce sujet; mais il se borne à dire 1

que les évéques anglais, en assistant au couronnement, agissaient !

en vertu d'une autorisation précédemment donnée par le Pape, [

<< dit-on », ni ai'itiii (4). C'est l'argument qu'avait déjà fait valoir le j

Roi, et nous savons ce qu'il vaut. Arnulf ne dit rien de plus. I

Il ne reste en faveur de Roger que le serment prêté par lui en :

ostens:c ncc ullatenus propalat:c. Quid igitur prosunt qiicv sic occuî- i iantiir,... ». Il est bien clair que dans ce texte il faut lire que les lettres apostolicjues sont devenues « lettre morte » entre les mains de celui

auquel elles ont été remises et qui les cache soigneusement ; et ces ]

lignes constituent réellement un témoignage rendu contre Tarchevêque <

d'York, non pas à sa décharge. 1

}. Matcriais, t. m, page 103. |

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