LA CHASSE DE CANTORBÉRY SS
ci-dessus mentionnée, celui de la Cottonienne ne nous paraît pas pouvoir être considéré comme une représentation de la châsse et de son piédestal. Deux hypothèses nous semblent seules plausibles pour l'expliquer :
Ou bien le dessinateur a fait une confusion dans ses souvenirs, et a donné pour support à la châsse la construction en maçonnerie qui abritait le sarcophage dans la crypte.
Ou bien les moines de Cantorbéry, voyant venir la tempête, ont précipitamment démoli les colonnettes, pour y substituer ce soubassement à fenêtres, à l'intérieur duquel ils auraient déposé le coffre de fer retiré de la châsse; ils auraient espéré qu'ainsi les gens du Roi se tiendraient pour satisfaits en pillant le reliquaire, mais laisseraient en paix les reliques.
La première hypothèse est la plus vraisemblable à nos yeux. Les pèlerinages étant devenus tout de suite fort nombreux et très multipliés, on a dû constater bien vite l'insuffisance des deux oculi ménagés d'abord sur chaque face latérale de la maçonnerie qui protégeait le sarcophage du saint et pendant cinquante ans son corps lui-même. Il est donc très admissible que, concurremment avec les travaux de la basilique, l'on ait remplace l'ancienne construction par une nouvelle, dans laquelle on ménageait le plus grand nombre possible d'ouvertures, afin d'éviter l'encombrement autour du saint tombeau.
La seconde hypothèse est beaucoup moins acceptable. Dans les derniers jours d'août 1538, Madame de Montreuil vénérait, ou du moins visitait, le chef de saint Thomas, encore séparé de ses autres reliques; et dès le mois suivant le sacrilège était consommé. C'est donc dans le cours de deux ou trois semaines au plus qu'auraient dû avoir lieu la démolition de l'ancien soubassement à colonnettes et la construction du nouveau; car elles auraient nécessairement coïncidé avec la réposition, que nous avons signalée^ du crâne et de la couronne dans le coffre de fer renfermé dans la châsse. C'est un espace de temps bien court, si l'on songe qu'il aurait fallu desceller puis resceller la châsse et tous ses supports aussi bien qu'une partie des grilles, sans compter les travaux accessoires qu'entraine toute construction. Enfin si l'on voulait, au moyen de ce changement, dérober les reliques ou du moins plaider pour elles les circonstances atténuantes, le bon moyen n'était certes pas d'ouvrir seize fenêtres qui permettraient de les voir et paraîtraient à coup sûr destinées à favoriser un culte prohibé de par le Roi. Nous nous en tenons donc à notre première hypothèse, qui nous paraît seule propre à expliquer la signification de l'esquisse conservée à la Cottonienne.