‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 340 sur 372 · SORT DES RELIQ UES DE SAINT THOMAS A CANTORBERY · texte numérisé non relu

SORT DES RELIQ UES DE SAINT THOMAS A CANTORBERY

Dans notre récit et dans la note précédente, nous avons parlé d'une réposition ou réintégration du chef de saint Thomas et de la relique de la couronne dans le grand coffre de fer qui contenait le corps du martyr. L'histoire, il est vrai, n'en fait pas mention; cependant cette reposition ne pourra être l'objet d'un doute, si nous constatons dabord que les deux reliques insignes ont été •extraites de la châsse à une certaine époque, et ensuite qu'on les a retrouvées dans cette même châsse à une date postérieure; or ces •deux faits sont indubitables. Pendant trois siècles le chef et la couronne ont été honorés dans la crypte et dans la chapelle absidale de l'église primatiale, cela est prouvé par les documents les plus authentiques, tels que mentions sur les registres où étaient consignés la nature et le montant des offrandes faites par les fidèles, récits de pèlerinages, etc. Il n'est pas moins certain que l'on a, en 1538, retrouvé ces mêmes reliques dans la grande châsse, nous le savons par des témoignages autorisés. Le vicomte Wriothesley, secrétaire de lord Croiuivcll , écrit dans son journal qu'au mois de septembre 1538 son maitre a fait brûler les ossements de saint Thomas; et il dit qu'alors on trouva réunis « le chef entier avec les « os; il y avait une blessure au crâne. » Une des inscriptions qui figurent sur l'esquisse dont nous avons parlé à la note précédente note que dans le coiïre de fer on trouva le chef avec la couronne placée sur la cavité autrefois produite par l'épée des meurtriers ; ce témoignage est encore celui d'un contemporain. Le protestant Holinshed :is77), parlant de l'enlèvement de la châsse, écrit: « Les ossements qu'on y trouva, le crâne et le reste... » Voilà trois témoins dont l'affirmation commune ne peut laisser de doute; il faut donc dire que les moines de Cantorbéry^ voyant venir l'orage, ont réuni dans le coffre de fer toutes les reliques auparavant vénérées dans diverses chapelles de la basilique; à moins qu'on ne veuille soutenir qu'ils avaient, durant trois siècles, offert à la vénération des pèlerins un crâne et une couronne apocryphes,

t62 SAINT THOMAS DE CANTORBÛRY

Par le fait, un panégyriste de Henri VIII a tenté d'établir ce mensonge; William Thomas, clerc du conseil sous Edouard VI, a écrit ces mots : « Dans la châsse on trouva le chef presque entier, « puis dans la même église le crâne d'une autre tète, mais plus <( grand des trois quarts que la partie renfermée dans la châsse ». Au moins c'est là ce qu'on peut comprendre dans le patois de cet écrivain. Un autre protestant, notre contemporain, M. Milman, directeur de la Société des Antiquaires, a récemment découvert que le texte dans lequel se trouvent ces mots, et qu'on avait regardé jusqu'ici comme l'œuvre d'un inconnu, est le brouillon d'un sermon qui ne fut jamais prêché, mais qu'il est dû à la plume de ce William Thomas [Tablet, 30 mai 189 1, article du R. P. John Morris); or celui-ci est en outre l'auteur d'un livre intitulé // Pclcrino Iiiglcsc^ destiné à faire l'apologie des sacrilèges destructions opérées par Henri VIII. Accuser les religieux d'imposture était un excellent moyen de faire amnistier le Roi; mais dans le cas qui nous occupe l'accusation est si absurde qu'elle tombe d'ellemême. Il peut certainement venir à l'idée de supposer, d'inventer un objet précieux qu'on voudrait posséder et qu'on n'a pas ; mais supposer cet objet quand on le possède dans sa maison, voilà qui n'a jamais pu entrer dans le cerveau de personne. Or W. Thomas est assez maladroit pour nous dire que le chef de saint Thomas, le vrai, fut trouvé dans la châsse : l'imposture est donc du côté de cet écrivain, non du côté des moines.

Ainsi le seul témoin qui ait contredit l'authenticité de la relique vénérée dans la crypte de Cantorbéry avoue pourtant que le chef se trouva réellement dans le grand coflfre de fer; c'est tout ce que nous avons à retenir pour le moment. Le fait de la réposition est donc avéré.

Une autre question plus grave se présente maintenant, à savoir : quel fut le sort des reliques du saint martyr, lorsque lord Cromwell détruisit la châsse? Deux opinions sont en présence : l'une tient que les ossements ont été enterrés [hnried), et c'est naturellement l'avis des partisans de Henri VIII; l'autre affirme que les reliques ont été brûlées [biirned); c'est donc encore ici sur un iota que l'on discute. Nous avons adopté la seconde opinion, parce qu'elle nous parait certaine d'après la comparaison des autorités qui militent en faveur de l'une et de l'autre. Le R. P. John Morris, dans une brochure intitulée The Relies of S. Thomas of Caiitcrbury (Canterbury, mdccclxxxviii), a mis hors de doute le crime de Cromwell, et nous lui emprunterons les textes qu'il cite, en tenant compte d'une rectification faite peu après par l'auteur lui-même. Stanley de son côté a réuni les textes des partisans de

Page 1