CHAPITRE m
naux l'entrée de ses états ; et il faisait entendre au Pape de chaudes remontrances au sujet de l'échec infligé au primat d'Angleterre. D'autres personnages importants joignaient leurs réclamations à celle du Roi ; Jean de Salisbury adressait au Saint-Père des représentations fort vives ; et Lombard de Plaisance, le futur cardinal archevêque de Bénévent, écrivait de son côté une lettre qui ne put manquer de faire impression sur l'esprit d'Alexandre III :
« De tout ce qui se passe, disait-il, le résultat le « plus clair est un refroidissement considérable de « l'affection qu'inspirait votre nom. Ce qui rend la « déception plus amère encore, c'est que selon <^ l'opinion générale Votre Sainteté comme sa Sei- « gneurie de Cantorbéry tenaient presque la victoire « entre leurs mains. Le Roi d'Angleterre était en « proie à toutes les inquiétudes ; il allait répétant que « si les évêques s'étaient engagés dans une pareille « voie, ce n'était pas sur son avis ni sur son ordre, « et qu'il n'entendait certes pas faire cause commune « avec eux. Les prélats, de leur côté, se trouvaient « dans la situation la plus critique, et redoutaient si « fort de voir l'interdit jeté sur le royaume que plu- « sieurs se mettaient en devoir de députer vers l'Ar- « chevêque, tandis que d'autres partaient eux-mêmes. « Survint Jean d'Oxford : il semblait que cet homme « fût un légat. Au nom de Sa Sainteté il défendit aux « évêques de se rendre à la sommation du primat... « J'ai entendu affirmer de plusieurs parts, et à diver- « ses reprises, que tout l'espoir du Roi repose sur « l'éventualité de votre mort, dont Dieu nous pré- « serve dans sa miséricorde ! Il déclare ne pas vouloir « reconnaître votre successeur que celui-ci n'ait d'a- « bord reconnu les coutumes du royaume. On croit
SAINT THOMAS DE CANTORBtRY
« aujourd'hui qu'en demandant l'envoi des légats, il « n'a songé qu'à gagner du temps, pour échapper de « la sorte à l'excommunication et préserver ses états « de l'interdit. C'est une ruse pour éluder l'autorité de « l'Archevêque aussi longtemps que vivra Votre Sain- « teté, afin de pouvoir ensuite poser des conditions « à votre successeur. »
Mais Jean d'Oxford, rentré en Angleterre, ne demeurait pas inactif; il écrivait aussi au Pape et lui donnait les meilleures nouvelles quant aux dispositions du Roi son maître ; il assurait le Saint-Père que Henri Plantagenet entendait confirmer pour l'avenir à l'Eglise « toutes les libertés dont elle avait joui <•< dans le royaume au temps de Henri V ». Le traître savait bien que l'Archevêque de Cantorbéry n'était plus aux côtés du Pape pour déchirer d'un mot les voiles de ce langage trompeur, et montrer que les <?: libertés » attribuées au Roi Henri V étaient précisément les chaînes qu'agitait Henri Plantagenet.
Alexandre III fut pourtant impressionné par les protestations qui lui arrivaient en foule de la France, et dont les signataires méritaient considération. Par Lettres apostoliques expédiées au mois de mai, les légats reçurent défense de passer en Angleterre et de rien faire d'iiriportant dans le royaume de Henri avant, d'avoir obtenu le retour en grâce de l'Archevêque et pleine garantie pour les anciennes libertés de son Église. C'était modifier radicalement la mission des cardinaux ; il eût été bien préférable encore de les rappeler purement et simplement; car avec des pouvoirs ainsi restreints Guillaume de Pavie saurait faire encore beaucoup de mal, et Thomas Becket ne pouvait pas avoir confiance en lui plus que par le passé. Mais on n'était plus au temps où trop aisément