‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 45 sur 372 · LES CARDINAUX LÉGATS · texte numérisé non relu

LES CARDINAUX LÉGATS

Les sujets d'affliction ne manquaient pourtant pas à FArchevêque exilé ; il voyait s'abîmer toutes ses espérances, et s'évanouir en un moment tous les avantages conquis par sa prudente fermeté. Comme Lombard de Plaisance l'écrivait au Souverain Pontife, les concessions faites à Jean d'Oxford avaient changé en défaite une victoire qui commençait à se dessiner nettement. Le camp du Roi, tout à l'heure en plein désarroi, se reformait avec une promptitude désolante, et les évêques revenaient à leurs précédents errements. Seul, Roger de Worcester, cousin de Henri Plantagenet, affronta l'exil et ne se cacha pas pour soutenir son chef hiérarchique ; mais son dévouement ne suscita aucun imitateur, et la hardiesse de grand seigneur avec laquelle il sut finalement imposer le respect à son royal cousin ne réussit à ranimer aucun courage. D'autre part, les hommes frappés par l'Archevêque à Vézelay n'attendaient pas même l'arrivée des légats pour recevoir l'absolution qui leur était promise. Le Pape ayant autorisé une procédure exceptionnelle pour ceux d'entre eux qui se trouveraient en danger de mort, une comédie sacrilège commença sur ce thème. Des gens qui se portaient fort bien s'en vinrent de leur personne chercher l'absolution, les uns à Saint-

Paul de Londres, les autres auprès de certain évêque gallois retiré dans la solitude, sous prétexte qu'ils se trouvaient en danger de mort puisque tel d'entre eux allait partir pour la Terre-Sainte, et tel autre pour guerroyer sur les frontières du pays de Galles. Tout cela était connu à Sens. Dans les lettres mêmes que Thomas avait reçues du Saint-Père, il lisait des clauses singulièrement pénibles : ainsi la défense d'user de ses pouvoirs de légat tant que les deux cardinaux seraient accrédités auprès du Roi d'Angleterre. Sans doute, Alexandre III n'ordonnait pas, mais ses recommandations étaient si instantes qu'elles valaient certainement un ordre. Au reste, Thomas savait ce que contenaient les Lettres apostoliques adressées au Roi, et dans lesquelles la suspension de ses pouvoirs était inscrite en termes précis (i). En vain Alexandre III imposait-il toujours le secret en écrivant à l'Archevêque ou aux deux Rois auxquels il confiait ses intentions : Thomas était seul à respecter les intentions du Pape ; Louis le Jeune parlait pour mieux défendre le primat, et Henri II pour mieux le combattre. Les gens du Roi allaient même jusqu'à tenir Gui de Crema, l'antipape, au courant de ce qu'écrivait le Souverain Pontife (2) ; tant il était vrai que ces gens-là se donnaient la main. C'était grand'pitié que de voir le Pontife romain trompé ainsi par quelques intrigants, moqu-é par des hommes qui faisaient de ses faveurs un pareil usage, livré aux appréciations les plus contradictoires et les moins respectueuses de la foule. Car, si l'Archevêque de Cantorbéry souffrait avec une patience et une fermeté inébranlables, autour de lui on était moins réservé. Le voyage de Jean d'Oxford avait exaspéré tout

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