CHAPITRE IV
plans lorsqu'il serait à la cour d'Angleterre. En outre, d'Italie de graves nouvelles étaient arrivées depuis peu ; un coup de tonnerre avait remué toute la chrétienté. Barberousse, entré dans Rome, couronné par son antipape, avait vu le Souverain Pontife lui échapper; et presque au même moment la peste éclatait dans les rangs de son armée qui fuyait en désordre, jonchant de ses morts la route qu'elle suivait en refluant vers le nord. L'Empereur lui-même n'avait réussi qu'à grand'peine à échapper aux troupes des villes lombardes et rentrait presque seul en Allemagne par des voies détournées (i). La nouvelle était connue partout, quoique les détails de ces événements fussent encore assez confusément rapportés par la renommée ; c'en était bien assez néanmoins pour engager le cardinal Guillaume de Pavie à plus de circonspection dans l'observation des règles que lui avait tracées le Pontife romain, désormais vainqueur. Malgré tout, l'Archevêque de Cantorbéry prit le parti de déchirer encore une fois la trame que paraissait ourdir le légat, et il envoya à Bénévent. où s'était retiré le Pape, la lettre même que Guillaume lui avait écrite. Il l'adressa au cardinal-diacre Hyacinthe, de la maison des Orsini. un de ses plus fermes appuis à la cour pontificale (2),
1. C'est par erreur que dans notre premier volume nous avons placé -deux ans plus tôt cette désastreuse retraite de Barberousse. Il s'agissait bien alors d'une défaite de Frédéric, et de son retour en Allemagne, mais non pas dans les circonstances extraordinaires qui marquèrent l'année 1167.
2. Il est bon de remarquer que Thomas Becket avait les sympathies des personnages les plus estimés du Sacré Collège ; tels le cardinal d'Ostie, Humbald, qui fut le Pape Lucius III ; le cardinal Hyacinthe, ■qui fut le Pape Célestin III ; le cardinal Albert, que nous avons déjà vu (t. I, page 384), et qui fut le Pape Grégoire VIII. En dehors des cardinaux, nous venons de nommer l'archidiacre Humbert de Bourges,
■yS SAINT THOMAS DE CAXTORBliRY
Au Pape lui-môme il écrivait pour le féliciter de la victoire inespérée que venait de lui accorder la Providence ; et prenant texte de cette manifestation de la puissance divine, l'exilé laissait entendre combien elle devait encourager ceux qui avaient à lutter contre les princes, alors même que tout semblait tourner à l'avantage des puissants du siècle. Il réclamait enfin contre les prétentions énoncées par Guillaume, et répétait qu'il ne l'acceptait point pour juge, attendu la partialité trop évidente, et connue depuis trop longtemps, du cardinal légat. Le Souverain Pontife ayant sous les yeux la lettre même qui avait tant ému l'Archevêque pouvait voir de quel côté se trouvaient la conscience et la fidélité.
L'épitre de Thomas Becket se croisa en route avec de nouvelles Lettres apostoliques envoyées de Bénévent aux deux cardinaux (ij. Cette fois, Alexandre III chargeait ses légats d'une mission politique auprès des Rois de France et d'Angleterre, qu'il souhaitait réconcilier enfin d'une manière durable; et certainement s'il eût pu atteindre son but, bien du sang et bien des malheurs eussent été épargnés dans la suite aux deux royaumes. Mais il aurait fallu pour obtenir un tel résultat d'autres hommes que Guillaume de Pavie et même que le cardinal Odon, trop effacé à côté de son collègue. Le Saint-Père renouvelait d'ailleurs les inhibitions déjà signifiées aux légats relativement à la cause de l'Archevêque de Cantorbéry, et posait
qui devint archevêque de Milan ; nous avons parlé aussi de Lombard de Plaisance, qui fut ensuite archevêque de Bénévent. Il faudrait joindre à ces noms ceux des archevêques et évêques français, celui du courageux archevêque de jMaycnce, Conrad, un des adversaires les plus déclarés du schisme de Barberousse. Ce sont là autant de témoins qui, par leurs seules sympathies, disent bien haut de quel côté se trouvait le droit. I. Materials, t. vr, page 232, ep. « Quanta universœ Dei ».