‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 1 sur 294 · GENEVE · texte numérisé non relu

GENEVE

H. TREMBLEY, Libraire -Éditeur 4, rue Corraterie, 4

Reproduction et traduction réservées

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PRÉFACE

Semblable au rocher puissant qui dresse au large des côtes sa masse immobile et brave le premier effort de la mer, saint Thomas de Cantorbéry domine depuis sept cents ans l'histoire des sociétés chrétiennes et de leurs agitations. Après avoir soutenu jusqu'à la mort les assauts des puissances du monde, il n'a cessé depuis lors d'être le premier objectif des ennemis de l'Église ; sa mémoire les importune, ils ne peuvent parvenir à l'oublier ; aussi les voit-on revenir obstinément au grand martyr, tantôt furieux, tantôt caressants, cherchant à ensevelir sous les flots de leur rage le géant qui les arrête, ou à miner sans bruit la base inébranlable qui le porte depuis des siècles. Mais l'Église aussi est venue, et sur ce roc, fatal écueil pour la science aveugle, elle a fait resplendir sa lumière, afin de guider à travers les âges ses enfants dévoués vers le port du salut.

C'est que Thomas Becket a donné jusqu'à sa vie pour le principe qui toujours est attaqué d'abord par les ennemis du règne de Dieu ; il est mort pour la liberté de l'Église. Autour de lui retentissait de nouveau

VI PREFACE

le cri Non habemus regem nisi Cœsarem, nous n'avons pas d'autre roi que César (i) : clameur sinistre, «qui, « lorsqu'elle sort du sanctuaire, annonce aux peuples « que la foi est en péril » (2) ; car elle signifie que la liberté de l'Église est ruinée, que César s'en est rendu maître. Toujours il a commencé, toujours il commencera l'attaque par ce boulevard indispensable de la discipline et de la foi, sachant bien qu'il ne peut avant de s'y être établi espérer atteindre au cœur de la place.

Saint Thomas de Cantorbéry est par excellence le martyr de la liberté de l'Église ; aussi demeure-t-il à travers les siècles « un signe de contradiction » comme le divin Maître lui-même. « Pierre de scandale » pour les uns, « pierre angulaire » pour les autres, selon qu'ils sont enfants du siècle ou enfants de Dieu, il ne peut demeurer ignoré des chrétiens. Pendant sa vie, l'occident se divisa en deux camps armés pour soutenir ou combattre sa cause ; et puis à travers les siècles sa mémoire est demeurée bénie par les fils de l'Église, maudite par les ennemis de la foi.

L'époque moderne, il est vrai, a vu naître et grandir un tiers parti que n'avaient guère connu nos pères, celui des politiques et des opinions mitoyennes. Comment se conduiront ces chrétiens en face de saint Thomas Becket, dont le martyre, canonisé par l'Église, laisse peu de place aux compromis ? Mais ils sont féconds en ressources, et sans y penser peut-être, simplement

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